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28/06/2016

Que reste-t-il de notre culture ? Au nom de tout ce qu'on a oublié

Publié dans le premier numéro de "Politikà" (juin-juillet 2016), le magazine de la Fondation Friedrich Ebert.

Madagascar démocratie, cullture, Randy Donny, Friedrich Ebert, FES, Fondation Friedrich Ebert, Politikà La culture, a-t-on l’habitude de dire, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Comme on aime bien prendre les choses au pied de la lettre à Madagascar, on a effectivement tout oublié. Un effacement façon Alzheimer. D’autant plus que l’on ne s’est pas vraiment soucié de passer le relais, de transmettre aux générations suivantes l’héritage de l’histoire, lequel est à l’origine des traits distinctifs, spirituels et intellectuels, qui caractérisent une société, une nation.
Ceci explique le foisonnement de faux débats et de questionnements inutiles dans les espaces publics et les médias. On a oublié que l’expansion merina continuait ce que les rois Sakalava étaient les premiers à tenter : l’unification de Madagascar. Un mouvement qui s’inscrit dans l’histoire universelle, de tous les temps et dans toutes les civilisations.
On a oublié que c’étaient des élus originaires de tout Madagascar qui ont opté pour la voie républicaine et l’Etat unitaire au lendemain de la colonisation qui a duré 64 ans. Ce qui est toujours bon à rappeler à un moment où des opportunistes vont jusqu’à remettre en cause le choix du drapeau et de l’hymne national.
On a oublié que la démocratie, malgré l’origine « vazaha » du mot, n’était nullement étranger à nos ancêtres du temps de « Gola ». Si le mot « mpanjaka » viendrait effectivement du sanskrit « yaga » qui signifie « viande prémisse », comme disait Joseph Rakotonirainy, le mpanjaka est donc celui qui établit ou distribue le « jaka », morceau de viande cuit et conservé pour être distribué à chaque « Fandroana ». Le « morceau de viande qui entretient la parenté », selon le proverbe bien connu. Qui a parlé de redevabilité  ?
Ainsi, la principale charge du détenteur de pouvoir est le rassemblement et la protection du peuple, tout en veillant à une distribution équitable du « jaka », sinon le peuple lui retire son « hasina » qui, à la fois, légitime et légalise le pouvoir. Les chefs communautaires Tanàla aimaient rappeler à leur roi « si tu dis  : je suis mpanjaka et n’ai besoin de personne, nous te disons : nous t’avons élu mais nous pouvons te destituer ». Dans le royaume merina de la moitié du XIXe siècle, l’accaparement progressif du pouvoir par les Hova d’Avaradrano et le consentement tacite de la plèbe peut être expliqué comme un rejet des « mpanjaka » devenus incapables d’assurer le rassemblement et la protection du peuple. Le missionnaire William Ellis (missionnaire protestant britannique membre de la London Missionary School) témoin oculaire, a même rapporté que le mot « République » a été prononcé en 1863 après l’éviction de Radama II du pouvoir. Cessons d’oublier et essayons d’approfondir les héritages que nous ont laissés nos « raiamandreny » dont les systèmes de valeurs, avec leurs propres traditions, croyances et modes de vie, s’avèrent finalement universels.
Arrêtons de laisser se renverser l’huile sur nos têtes respectives (« mandraraka ilo mby an-doha »). C’est ce qui alimente le feu sacré de la transmission des savoirs. Au nom de tout ce qui nous sépare et qui cimente finalement notre unité.
Randy Donny

 

 

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