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06/11/2016

Qui a peur de Donald Trump ?

Au lendemain du mardi 8 novembre, les Etatsuniens, qui ont accaparé l'appellation "Américains" comme s'ils sont les seuls habitants de tout le continent, se retrouveront avec la gueule de bois quel que soit l'issue du vote. Pile : Donald Trump, la réaction raciste à 8 années d'Obama. Face : Hillary Clinton, que des gens vont voter parce qu'ils ont peur de Trump et qu'après une petite révolution; un noir à la Maison-Blanche, enchaînons avec une autre, une femme dans le bureau Ovale, jusqu'ici le théâtre d'actes virils auxquels n'est pas étranger... Bill Clinton.

Mais qui a peur de Donald Trump ? Ceux qui vivent aux Etats-Unis, les étrangers en premier chef. Autant Obama n'a rien apporté à l'Afrique, autant Trump ne se souciera du continent des nègres et des musulmans comme de sa première faillite. La politique étrangère américaine était, est et sera toujours conduite par les vautours de la CIA, de l'industrie de l'armement et les magnats du pétrole. Et sur ce point, il faudra plutôt se méfier de Hillary Clinton qui en sait quelque chose.

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Je partage donc les opinions de ce lecteur de "L'Express de Madagascar".

Présidentielle aux États Unis ou quand la démocratie est grippée

USA 2016: Clinton vs Trump. Qui des deux candidats succédera à Barack Obama ? À mon avis, le résultat de cette élection – quel qu’il soit – posera plus de problèmes qu’il n’en résoudra.
La légèreté avec laquelle l’ancienne secrétaire d’État, qui, de surcroît, avait hanté les plus hautes sphères de l’État durant les deux mandats présidentiels de son époux, communiquait avec ses collaborateurs, témoigne d’une inconscience inadmissible, inconcevable pour une personnalité qui aspire à un destin mondial.
Son adversaire, de son côté, ne semble pas réaliser qu’il ne participe plus à une émission de télé-réalité mais à l’élection la plus démocratique et la plus importante au monde: les insultes, le mépris qu’il affiche pour s’aliéner au moins la moitié du corps électoral permettent de douter de son désir réel d’arriver à ses fins.
Jamais, sans doute, arguments de campagne n’ont volé aussi bas aux États-Unis. Et pour cause : cette élection met aux prises deux candidats souffrant apparemment tous les deux de névrose d’échec. On est loin, très loin, des débats sociétaux, géopolitiques ayant opposé Jimmy Carter à Ronald Reagan en 1980 ou, plus récemment, Barack Obama à John McCain, puis Mitt Romney. À l’issue de ces joutes oratoires, on s’en souvient, on ne pouvait rester insensible à l’élégance dont faisait preuve le candidat malheureux.
Au soir du 8 novembre 2016, il y aura un vainqueur et un vaincu car la probabilité d’une égalité parfaite de voix obtenues par les deux candidats est, disons, nulle. Mais, on peut gager, d’ores et déjà, que le vaincu admettra difficilement sa défaite. Le névrosé d’échec ne reconnaît jamais sa  responsabilité – fût-elle partielle- dans la faillite de son entreprise. À défaut de la fatalité; de la malchance, nous aurons droit, cette fois-ci, aux invectives d’un(e) candidat(e) prompt(e) à se poser en victime d’on ne sait trop quoi.
Mardi soir, les Américains auront-ils élu un(e) Président(e) ou seulement éliminé un(e) candi­dat(e) .

Rivo Ranoelison

28/06/2016

Que reste-t-il de notre culture ? Au nom de tout ce qu'on a oublié

Publié dans le premier numéro de "Politikà" (juin-juillet 2016), le magazine de la Fondation Friedrich Ebert.

Madagascar démocratie, cullture, Randy Donny, Friedrich Ebert, FES, Fondation Friedrich Ebert, Politikà La culture, a-t-on l’habitude de dire, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Comme on aime bien prendre les choses au pied de la lettre à Madagascar, on a effectivement tout oublié. Un effacement façon Alzheimer. D’autant plus que l’on ne s’est pas vraiment soucié de passer le relais, de transmettre aux générations suivantes l’héritage de l’histoire, lequel est à l’origine des traits distinctifs, spirituels et intellectuels, qui caractérisent une société, une nation.
Ceci explique le foisonnement de faux débats et de questionnements inutiles dans les espaces publics et les médias. On a oublié que l’expansion merina continuait ce que les rois Sakalava étaient les premiers à tenter : l’unification de Madagascar. Un mouvement qui s’inscrit dans l’histoire universelle, de tous les temps et dans toutes les civilisations.
On a oublié que c’étaient des élus originaires de tout Madagascar qui ont opté pour la voie républicaine et l’Etat unitaire au lendemain de la colonisation qui a duré 64 ans. Ce qui est toujours bon à rappeler à un moment où des opportunistes vont jusqu’à remettre en cause le choix du drapeau et de l’hymne national.
On a oublié que la démocratie, malgré l’origine « vazaha » du mot, n’était nullement étranger à nos ancêtres du temps de « Gola ». Si le mot « mpanjaka » viendrait effectivement du sanskrit « yaga » qui signifie « viande prémisse », comme disait Joseph Rakotonirainy, le mpanjaka est donc celui qui établit ou distribue le « jaka », morceau de viande cuit et conservé pour être distribué à chaque « Fandroana ». Le « morceau de viande qui entretient la parenté », selon le proverbe bien connu. Qui a parlé de redevabilité  ?
Ainsi, la principale charge du détenteur de pouvoir est le rassemblement et la protection du peuple, tout en veillant à une distribution équitable du « jaka », sinon le peuple lui retire son « hasina » qui, à la fois, légitime et légalise le pouvoir. Les chefs communautaires Tanàla aimaient rappeler à leur roi « si tu dis  : je suis mpanjaka et n’ai besoin de personne, nous te disons : nous t’avons élu mais nous pouvons te destituer ». Dans le royaume merina de la moitié du XIXe siècle, l’accaparement progressif du pouvoir par les Hova d’Avaradrano et le consentement tacite de la plèbe peut être expliqué comme un rejet des « mpanjaka » devenus incapables d’assurer le rassemblement et la protection du peuple. Le missionnaire William Ellis (missionnaire protestant britannique membre de la London Missionary School) témoin oculaire, a même rapporté que le mot « République » a été prononcé en 1863 après l’éviction de Radama II du pouvoir. Cessons d’oublier et essayons d’approfondir les héritages que nous ont laissés nos « raiamandreny » dont les systèmes de valeurs, avec leurs propres traditions, croyances et modes de vie, s’avèrent finalement universels.
Arrêtons de laisser se renverser l’huile sur nos têtes respectives (« mandraraka ilo mby an-doha »). C’est ce qui alimente le feu sacré de la transmission des savoirs. Au nom de tout ce qui nous sépare et qui cimente finalement notre unité.
Randy Donny

 

 

02/03/2016

A tous les tribalistes que j'ai emmerdé avant !

Fermé pour cause d'inventaire. Si vous ne me voyez pas souvent ces derniers temps, c'est effectivement parce que je suis en plein dedans. Je fouille dans mes archives en vue d'un livre. Et là je constate que des choses que j'ai écrit il y a 10-20 ans demeurent toujours valables. Triste. Oui, parce que cela veut dire que l'on n'a pas avancé d'un iota. Pire, on a même régressé sur bien de points. Pas seulement au niveau économique, mais aussi sur d'autres sujets où l'on est obligé parfois de tout reprendre depuis le début. Tant pis, je ne me lasserais jamais de le faire.
Voici donc, livré tel quel sans aucun changement, un article que j'ai publié dans « L’ Express de Madagascar » du mardi 6 août 1996, pp. 16 à l'occasion du centenaire de l'annexion de Madagascar par la France. Curieusement, il se charge d'actualité en ce moment où des abrutis, incultes et inconscients, jouent aux pyromanes à travers les médias des mille collines en exhumant les vieilles rivalités tribales pour cause de flambeau (à l'huile) mal transmis.

06 AOÛT 1896 – 06 AOÛT 1996
CENTENAIRE DE LA LOI D’ANNEXION : NAISSANCE D’UNE NATION

Madagascar, histoire, tribalisme, Merina, Sakalava, Randy Donny


                      « Robinsonade ». Telle est le qualificatif que l’historien E.T. Gautier a donné au débarquement    des premiers hommes à Madagascar. De ces participants à cette robinsonade donc jusqu’aux 13 millions de citoyens actuels, que de chemins parcourus, main dans la main ou face-à-face, à travers l’histoire. Une période décisive en est la colonisation qui –involontairement- a uni les différentes tribus disséminées à travers l’île et leur fait prendre conscience de cette unité En cette année du centenaire de la loi d’annexion, ce fait mérite d’être souligné.


Les plus anciens indices montrant la présence d’éléments humains à Madagascar ne nous permettent pas d’aller plus loin qu’au IIe siècle après Jésus-Christ. Il s’agit de grains de riz carbonisés recueillis dans l’île Mangabe (région Masoala).
Formant des clans, puis des tribus, les premiers Malgaches s’organiseront en royaumes vers le XVe-XVIe siècle. Le concept de royaume fut apporté par une de nos branches ancestrales, les Arabes, qui essaimèrent dans Madagascar à partir du VIIe siècle. Outre chez les Antemoro et apparentés (un des leurs, Rambo, est à l’origine des dynasties royales tanala et betsileo), ainsi que chez les Antambahoaka et Antanosy (qui disent descendants de l’arabisé Raminia), la présence arabe est palpable jusque chez les Sakalava.
Tentatives d'unification
Faut-il rappeler que les Sakalava sont à l’origine de la première tentative d’unification de Madagascar un seul et unique Etat ? Les conquêtes sakalava ne dépassèrent pourtant pas le tiers de Madagascar. Le royaume merina fera mieux. Nullement à cause d’une quelconque supériorité naturelle, mais pour des raisons d’ordre historique et géographique.
- Raison historique : l’Imerina a été le foyer d’une lutte sans merci entre les premiers occupants (les Vazimba) et les nouveaux arrivants. Ces derniers ont été alors obligés de s’unir sous la houlette d’un chef de guerre. Une union qui s’avèrera encore plus nécessaire quand viendront, plus tard, les razzias d’esclaves venus des côtes pour approvisionner les trafiquants américains. Ce qui permettra la fixation au sol du peuple pour la production, et donc d’un enrichissement de l’intérieur.
- Raison géographique : le milieu joue une influence énorme dans le destin d’un pays, d’une population. Certains éléments géographiques peuvent en effet, contribuer à la fixation d’une capitale d’où partira l’unité du pays. Il en existe de nombreux exemples à l’étranger : rôle de l’Ile de la cité (Paris) pour la France, de la Tamise (Londres) pour le Royaume –Uni, du Tibre et du Palatin pour Rome, de la Moskova pour la Russie, de Manzanares (Madrid) pour l’Espagne, etc. Les éléments géographiques pouvant jouer un rôle de refuges, de sites défensifs. A Madagascar, c’est l’Imerina qui a joué ce rôle. Car l’Imerina et ses environs sont favorables à l’implantation humaine à cause d’un réseau hydrographique qui y passe, formé par l’Ikopa, le Sisaony, le Mamba… Mais surtout par l’existence de la plaine de Betsimitatatra entourée des « 12 collines défensifs ». Plaine hostile, marécageuse et fréquemment inondée, le Betsimitatatra sera aménagé grâce à un effort collectif et continu de la population. Un travail de longue haleine, vecteur d’unité et d’enrichissement et donc de puissance qui n’a pas d’équivalent dans les royaumes périphériques. Faut-il dès lors s’étonner que ce soit avec Radama I que les Anglais ont choisi de nouer des relations en 1817, alors que le royaume Merina ne possédait encore à l’époque qu’aucune once de territoires en dehors des Hautes terres ? Petit à petit, le royaume Merina s’agrandira pour finir par unifier, à la fin du XIXe siècle, les deux tiers de Madagascar. Loin d’être une conquête coloniale ou d’impérialisme, au sens que ces termes ont reçu dans l’histoire universelle, l’expansion merina doit être plutôt considérée comme une œuvre d’unification nationale, tel que ce qui s’est passé, à la même époque, en Italie (de 1859 à 1870) sous la direction du Piémont-Sardaigne ou en Allemagne (de 1862 à 1872) sous la conduite de la Prusse.
Ce bel élan venant de l’intérieur sera stoppé net par l’arrivée au pouvoir de l’oligarchie Hova, personnifié par un Premier ministre qui n’avait ni le pouvoir charismatique des anciens rois, ni la source de l’autorité nécessaire pour imposer les réformes et l’innovation, ni la puissance économique et militaire des Européens. Rainilaiarivony (l’autre centenaire) exerçait le pouvoir plus au moyen de la richesse que par l’autorité. D’où le manque de crédit des dirigeants auprès de la population. Et, chemin faisant, auprès de l’armée. Ceci explique la facilité déconcertante avec laquelle le corps expéditionnaire français a conquis Madagascar. (25 tués au combat pour une armée de 15 000 hommes). D’autant plus que pour les Malgaches de l’époque, la « terre-des-ancêtres » se limitait encore à la région où se trouve le caveau familial.
Conscience nationale
Le royaume Merina n’étant parvenu à regrouper que les deux tiers de Madagascar, c’est en définitive au pouvoir colonial donc que l’on doit l’unification réelle et véritable du pays. Et ce, sous la bannière d’un seul Etat. Mieux, les exactions coloniales finiront pour avoir raison des stupides préjugés tribaux pour donner aux Malgaches la conscience de son identité historique et culturelle commune. L’unité linguistique étant déjà incontestable. Elle sera d’ailleurs renforcée encore plus par la nécessité d’harmoniser les textes administratifs coloniaux. C’est ainsi que, malgré elle, la colonisation fit maitre chez le Malgache une conscience nationale. En 1915, par exemple, la VVS (mouvement secrets regroupant des militants émanant des quatre coins de l’île) a donné consigne aux miliciens malgaches envoyés dans le sud de ne pas tirer sur les compatriotes que sont les « Sadiavahy », en pleine révolte contre les impôts coloniaux.
Plutôt récent, en comparaison à ceux des pays occidentaux, le sentiment nationaliste est encore fragile à Madagascar. C’est pourquoi les politiciens, émules de Galliéni, sont tentés à chaque fois de la malmener à chaque crise de régime.
Heureusement, Madagascar n’est pas le Rwanda, et la Yougoslavie est loin. D’ailleurs chaque tentative de division ne fait que renforcer davantage encore, chez le Malgache, la conscience de l’unité de sa Nation. (A-t-on déjà divisé quelque chose qui l’est déjà ?). Les manifestations marquant la centenaire de l’annexion de Madagascar par la France est une opportunité pour renforcer cette union.

Randy

23/02/2016

Racisme, drogue et soul music : Barack Obama redécouvert !

Miracle des grandes surfaces. Je suis venu acheter des nécessaires de toilettes et j'en suis sorti avec un livre sous les bras : une réédition de l'autobiographie de Barack Obama. A lire avec Billie Holiday en musique de fond...

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Mea culpa. Je ne suis pas un super fan d'Obama. Je l'ai écrit ici, en 2008, que s'il sera élu, ce sera parce que "la crise financière... retournerait la masse populaire américaine contre les Républicains, à l’origine du « capitalisme fou », à laquelle s’ajoute une solidarité retrouvée des Démocrates dont les sympathisants d’Hillary Clinton décideraient finalement de rallier Obama". J'estimais aussi qu'il doit surtout sa réussite à sa femme.
Depuis, mon opinion sur lui a évolué dans le bon sens après qu'il ait réussi à se faire réélire pour un deuxième mandat. Et depuis hier, j'ai découvert un Barack qui existait avant Michel en lisant son autobiographie, "Les rêves de mon père". qu'il a écrit en 1995, à une époque où personne n'aurait misé un penny sur la chance d'un noir d'être élu président des Etats-Unis.
J'ignore si un nègre est derrière, mais c'est pas mal écrit. Entre les tourments d'un gosse qui ne s'explique pas l'absence de son père et les cris intérieurs d'un black frustré par le racisme ambiant, on découvre que c'est un garçon comme un autre dans l'Amérique des années 70, qui aime la bringue et qui carbure aux joints. "L'herbe m'avait aidé, et l'alcool; parfois une petite ligne de coke, quand on pouvait se la payer. Mais pas d'héro", confie-t-il. Son aversion de l'héro est dû à un bad trip avec son "initiateur" (sic), Micky. "Il avait sorti l'aiguille et la seringue, et quand je le regardai (...) une image me traversa l'esprit, celle d'une bulle d'air, brillante et ronde comme une perle, qui roulait tranquillement à travers une veine et arrêtait mon coeur..."
J'ai beau chercher, mais je n'arrivait pas à trouver le nom de ce politicien américain à qui on a refusé un poste de ministre car il a pris de la beuh dans sa jeunesse. Barack Obama a donc de la chance. Apparemment, on lui pardonne tout. Même ses réflexions racistes. "Il n'y avait personne comme moi dans le catalogue de Noël de Sears Roebuck... et que le père Noël était un blanc". La journaliste de Fox News, Megyn Kelly, s’est retrouvée au centre d’une polémique après avoir affirmé à l'antenne que le Père Noël avait la peau blanche.
Mais la bio de Barry, pour ses amis du collège, Bar pour ses grands-parents, n'est pas qu'une succession d'anecdotes à sensations. C'est un véritable roman qui flirte parfois avec la philosophie et qui, dès la première page, ne vous lâche plus.
Ceci dit, je persiste à dire, à l'attention des Africains qui ont beaucoup espéré en lui pour changer les choses en Afrique et aux autres qui croyaient qu'il va prendre le contrepieds de George W. en matière de politique étrangère, avant de déchanter, que Barack Obama se sent avant tout Américain plutôt que Kenyan. Daech et Guantanamo (qu'il a pourtant promis de fermer en 2008) en sont les preuves.
Randy

21/02/2016

Le problème de l'Androy n'est pas le manque d'eau

"Vous êtes Malgache, n'est-ce pas ? Je vous ai entendu parler. J'étais à Madagascar en 1955. Est-ce qu'il y a toujours des voleurs de zébus et des invasions de criquets ?".


Décembre 2000. Je suis dans un TGV en rail vers Monaco. Devant la beauté du paysage du Midi, je ne peux résister au plaisir de téléphoner à Madagascar pour partager ma joie. C'est ainsi qu'un vieux "vazaha", aux cheveux tout-blanc, m'apostrophe. "Le lendemain de mon mariage, je me suis embarqué pour Madagascar. C'est là-bas que j'ai passé ma lune de miel", confie-t-il. Sa femme, qui l'a rejoint, opine du chef. "Avec ma femme et notre fils, j'ai traversé tout le Sud, de Morondava à Fort-Dauphin, à pieds. Ma mission était de dresser une carte des nappes phréatiques de cette partie de Madagascar caractérisée par son aridité. C'est pas qu'il n'y a pas d'eau dans le Sud, son eau s'est simplement infiltré dans la terre. Il y a là un important réseau de rivières souterraines qu'il suffit de ramener en surface. Je les ai toutes répertoriées. Est-ce que ma carte a servi à quelques choses ?".
Ainsi donc, ce type a dressé l'hydrographie souterraine de l'Androy "tane mileven-drano". Est -ce que sa carte a servi à quelques choses ? Pas à ma connaissance. D'ailleurs, où est-ce qu'elle peut bien se trouver maintenant cette carte qui indique les emplacements des trésors de l'Androy ?
J'ai oublié le nom du "vazaha", je sais simplement qu'il habite à Saint-Raphaël, là où se trouve une petite communauté d'anciens de Madagascar. Et moi, dans mes recherches, j'ai compris une chose. L'Androy souffre d'une "kere" (famine) chronique non pas par manque d'eau, mais par un mauvaise gestion/exploitation de ses ressources hydrographiques, qu'elles soient souterraines ou en surface. Et il n'y a pas que dans l'Androy. C'est un problème qui concerne tout Madagascar.

La "kere" n'est pas une fatalité


Madagascar où "les ressources apparaissent très largement supérieures aux besoins, estimées à 355 milliards de m3 comme eaux de surface et 140 milliards de m3 comme eaux souterraines", selon une étude à lire ici. Une autre étude, d'Agir Madagascar, affirme que "seul 3% des ressources en eau douce exploitables sont exploitées" avant d'expliquer que la "kere" n'est pas une fatalité.
"Le commun du public pense que les problèmes en eau à Madagascar est une fatalité due aux conditions climatiques de certaines régions, ou bien aux manques de moyens matériels. Cependant, il n’en est rien. Dans d’autres pays plus arides, la population a plus facilement accès à l’eau potable grâce aux infrastructures mis en place et c’est le cas des pays du Proche et Moyen Orient. On pourrait être tenté de penser que cela serait du au fait que ces pays disposent actuellement de grands fonds pour mettre en œuvre ces infrastructures d’exploitation d’eau, mais gardons tout de même en esprit que bien avant leur essor politique avant la grande révolution de l’or noir, ils ont pu survivre et exploiter efficacement leur ressource en eau bien plus minimes que les nôtres dans nos régions les plus désertiques. D’autres pays de l’Afrique, sur la même échelle que nous en terme de développement économique ont pu remédier à leur mal de manque d’eau potable en déployant des systèmes comme des usines de désalinisation construites avec des containers et des pièces de récupération. Il ne reste plus que la mauvaise gestion des ressources alors qui peut expliquer le cas actuel dans lequel on est".



Tout ceci me revient en ce moment où dix ministres se sont concertés à Ambovombe-Androy, les 19 et 20 février 2016, pour trouver "des solutions durables pour les problèmes récurrents du Sud". Puisse la petite larme qui a trahi Onitiana Realy devenir une fleuve d'espoir pour mettre fin à l'aridité qui mine l'Androy.
"Est-ce qu'il y a toujours des voleurs de zébus et des invasions de criquets ?", me demandait le "vazaha" du TGV. C'est d'une voix honteuse que je lui répond que oui, plus de 50 ans après. Le "kere" est là aussi, aurait dit Mamy Gotso. A Madagascar, le temps s'est figé depuis 50 ans...

Randy

23:49 Publié dans Edito | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook