11.11.2009

Il reste encore des murs à faire tomber

Quand on me parle de mur de Berlin, j'ai surtout en souvenirBerlin.JPG les images que j'ai vu, étant enfant, dans le "Mémorial de Notre Temps" de "Paris-Match" dont j'ai redécouvert les tomes empilés sur un... lit de la maison familiale lors du week-end de Toussaint. Parmi ces images figurent celui de ce soldat est-allemand de 19 ans qui franchissait les barbelées de Bernauer-Strasse pour rejoindre sa fiancée restée à l'Ouest. C'était le mardi 15 août 1961.

Le mur n'est plus. Mais le plus honteux des murs est toujours là. Dans la tête des gens. Comme l'apartheid. Ou la crise à Madagascar

(MFI) Quoi que vous ayez fait, vous n'y avez pas échappé ! La commémoration du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin est une affaire planétaire. Et l'Afrique ferait mieux d'en tirer sa part d'enseignements, plutôt que de se contenter d'admirer le spectacle.

Dès décembre 1989, au Bénin, le général Mathieu Kérékou, à bout de souffle, accepte de mettre fin au parti unique, et donc au marxisme-léninisme qu'il impose alors comme religion d'Etat. La conférence nationale des forces vives, qu'il concède, en février 1990, le dépouille de toutes ses prérogatives. C'est donc au cœur des bouleversements engendrés par la chute du Mur qu'est née la démocratie béninoise, aujourd'hui une des plus crédibles d'Afrique francophone.

Que dire de la fin de l'apartheid ? Certes, le régime ségrégationniste était déjà bien affaibli par les sanctions internationales. Mais il a fallu que surgisse, à Pretoria, un Gorbatchev sud-africain (Frederik De Klerk), pour faire comprendre aux siens que l'horizon était bouché pour tout système politique reposant sur l'oppression des hommes. Dans le sabordage de l'apartheid, le premier acte posé par De Klerk est la libération de Nelson Mandela, en février 1990

Un homme qui n'a cédé sur aucune revendication de son peuple

Voir cet homme sortir libre, après vingt-sept ans, sans avoir cédé sur une seule des revendications de son peuple, galvanise les foules, d'un bout à l'autre du continent. Et c'est dans ce contexte que François Mitterrand tient, le 20 juin 1990, son fameux discours de La Baule, conditionnant le soutien et l'aide de la France à la démocratisation. Les populations africaines se sentent autorisées à défier les dictateurs, et cela fait quelques jolis dégâts.

Les conférences nationales se succèdent alors, avec plus ou moins de bonheur. Mobutu, Bongo, Houphouët-Boigny, Eyadéma, les plus redoutables des dinosaures parviennent à sauver leur peau. Mais au Bénin, en Centrafrique, au Congo Brazzaville, à Madagascar, au Mali et au Niger, les élections se soldent par une alternance. Un record, tout simplement inimaginable, aujourd'hui ! Et vingt ans après, tout cela laisse un amer goût de paradis perdus, avec de douloureuses désillusions.

Ce vingtième anniversaire de la chute du Mur aurait dû être une occasion, pour chaque peuple, d'apprécier ce qu'il a fait de ces vents favorables, qui étaient autant d'opportunités historiques ; de s'interroger sur sa capacité à saisir l'Âme du temps, non pas en singeant les autres, mais en s'inspirant de leurs expériences, pour tirer le meilleur de son génie propre. C'est en cela que le silence de l'Afrique, à ce moment précis, est consternant.

Jean-Baptiste Placca



 

27.06.2009

Michael Jackson n’est plus, il restera à jamais là…

Les extraterrestres existent ! On en connaît au moins un. Ni jeune ni michael-jackson.jpgvieux, ni blanc ni noir, ni homme ni femme... C'est une espèce intersidérale. Il vient d'être emporté par les siens. Auparavant, il a laissé ses empreintes sur la planète terre en tant qu'un des trois plus grands artistes du show-biz contemporain, au même titre qu'Elvis Presley et les Beatles. Rencontre du troisième type.

Il voulait rester éternellement jeune. Il est parti à 50 ans avec une voix singulièrement juvénile. Mais le visage ravagé par le bistouri, tout comme une autre star des années 80 qui vient de disparaître en même temps que lui, Sarah Fawcett-Majors. Michael Jackson, Bambi pour la presse people, Maïkhôôôôôôl ! pour les fans, bref MJ  est parti un peu sur la pointe des pieds, ces pieds dont il maîtrisait si bien les mouvements au point de créer le moonwalk. Il était toujours sur la lune. Maintenant, il est parmi les étoiles.

Je fais partie de la génération des teenagers des années 80 qui ont découvert Michael Jackson pour la première fois à travers « Beat It ». Depuis, le journaliste qui sommeillait en moi s'est mit à faire des recherches sur le personnage. C'est ainsi que  « Michael Jackson » de Christian Perrot, publié conjointement par Albin Michel et Rock & Folk (Paris 1984, 154 p.) a rejoint ma bibliothèque perso.

Cette obsession de la jeunesse éternelle provient vraisemblablement du fait qu'on, plus précisément son père, lui a volé son enfance. Répétition à outrance dès 5 ans, sans le temps de jouer comme tous les autres enfants de son âge. D'où certainement aussi son penchant pour les très jeunes têtes blondes. Le complexe de la peau noire proviendrait du fait que même devenue superstar, il a toujours dû batailler pour avoir la place qu'il lui revient. Au début, MTV refusait de diffuser « Beat It », tout mégatube qu'il était, car son interprète est un black. Il ne voulait pas devenir blanc, il ne voulait plus être noir. Nuance.

Sa dure condition de superstar précoce  a fait qu'il était devenu bourré de complexes, de phobies et autres mal de vivre qui vous pourrissent l'existence. Tel qu'on en arrivait parfois à oublier que Michael Jackson était avant tout un type qui avait un cœur gros comme ça. Finalement, ce dernier a lâché. Et Michael est parti rejoindre son ex-beau-père, Elvis Presley, mort comme lui d'un surdosage de médicaments alors qu'il était en train de couler une bronze.  Mais il y verra également John Lennon et George Harrison, Michael Jackson a acquis les droits des Beatles.

De lui, il restera plein de choses. S'il faut en retenir un, c'est « Beat It » justement, le clip, le solo d'Eddie Van Halen et les lyrics dont les échos parlent de lui (« You Have To Show Them That You're Really Not Scared ! You're Playin' With Your Life"). Mais il y a également sa collaboration avec Slash auquel on attribue des origines malgaches. Et « Liberian Girl » et son clip inoubliable. Non, finalement, c'est impossible de ne retenir qu'une seule chose de lui tant il nous a comblé. Il était au carrefour de ce qui qui se faisait de meilleurs : soul, funk, rock, hip hop...

Ce post n'aura pas de conclusion car Michael Jackson ne peut pas disparaître pour de bon. De « Invincible », il est devenu éternel. Son rêve de toujours.  Avant de partir, son âme aurait certainement susurré : "I am here with you, Though we're far apart, You're always in my heart, You are not alone..."


12.06.2009

Le crash de l'Airbus a failli se produire à Madagascar !

Andry Rajoelina a "détourné" un vol régulier à Marseille. Mécontent qu'un tel exploit se soit passé sur son territoire sans qu'il en était l'auteur, Sarkozy a voulu faire mieux : il a carrément fait disparaître un Airbus !

Cette blague, qui est mienne, j'ai voulu le mettre sur facebook mais finalement, j'ai pas osé. Air_france.jpgDe temps en temps, j'ai des scrupules. Ceci dit, la disparition de l'Airbus d'Air France aux larges du Brésil aurait pu se passer... à Madagascar ! On sait maintenant que les sondes de mesure de vitesse sur les A330-A340 sont défectueux. Et bien que bien que le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) affirme jusqu'à présent qu'il n'y a  pas de "lien établi" entre ces sondes et le crash de l'AF 447, Air France a reconnu qu'en 2008, il eut plusieurs incidents, qualifiés de "graves" par des pilotes, dus à ces fameuses sondes de mesure qui ont donné lieu à de faux messages d'alarmes. Un de ces incidents s'est passé sur le vol Paris-Antananarivo.

Selon "L'Express", sur un vol Paris-Antananarivo, le pilote a fait état d'une vitesse incohérente, suivie de l'alarme "Stall stall stall" qui indique que l'appareil décroche.

Les autres incidents, "des incidents graves", a commenté pour l'AFP Guy Ferrer, du syndicat Alter, concernent un vol entre Tokyo et Paris, un Canton-Paris, un Paris-Bogota et un Paris-New York. Les sondes du vol AF 447 Rio-Paris sont mises en causes par les syndicats de pilotes, mais la direction d'Air France s'est dite jeudi "pas convaincue que les sondes sont la cause de l'accident". Sous la pression des pilotes, elle a toutefois accéléré son programme de remplacement des sondes Pitot sur les A330/A340, après l'accident.

20.05.2009

L’Afrique noire est (encore) mal partie

Je me souviens de ce livre qui trônait sur la bibliothèque familiale. Signé René Dumont, « L'Afrique noire est mal partie » a fait l'effet d'un séisme à sa sortie, en 1962. René Dumont est un agronome qui, entre 1956 à 1960, a parcouru l'essentiel de ce qu'on appelait alors le Tiers-Monde. Un nomadisme qui l'a amené à passer par Madagascar. René Dumont a laissé différentes publications sur les relations entre l'agriculture et le développement à Madagascar.

Plus de quarante ans après la décolonisation, l'Afrique noire est encore mal partie. Il n'y a pas que l'agriculture. Il y a aussi la politique. Au temps de la Guerre froide, les choses étaient simples : quand un dictateur se fait renverser au nom de la Révolution, l'URSS s'empresse de le reconnaître et le tour est joué. Ou quand un président rouge se fait assassiner par un gars à a solde de l'Occident, pour reprendre une expression d'époque, il suffit que les Etats-Unis avalisent l'opération pour que le bloc ouest suit.

Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Autre temps, autres mœurs. L'idéal socialiste s'est effondré avec le mur de Berlin. Même Manandafy Rakotonirina, qui a enseigné, prôné et déifié la dictature du prolétariat pendant plusieurs décennies s'est converti à la démocratie libérale. Et c'est là le hic. Pas Manandafy Rakotonirina. Non. C'est parce que la démocratie à l'occidentale rime avec Constitution, élection, alternance, dialogue et tout le tsouin tsouin qui fait que le système politique américain soit sculpté sur le mont Rushmore. Or, en Afrique, les dictateurs et autres assassins, qu'ils soient les enfants de Marx ou de Coca-Cola, n'ont pas disparu du paysage après 1989. Il y en a même qui baisent leurs peuples depuis l'année érotique 1969.

L'époque soviétique est révolue. Sauf en Erythrée où le président Issaias Aferworki continue un totalitarisme sans faille, allant jusqu'à suspendre les libertés depuis 2001. Si, par pur hasard, le peuple érythréen, trop longtemps privé de démocratie, arrive à changer les cours des choses dans cette prison à ciel ouvert, va-t-on crier au coup d'Etat et demander la restauration d'un régime qui ne fait que le plonger dans l'abîme de la misère au quotidien ?

Une alternance démocratique par les urnes est-elle possible avec des gens comme Yahya Jammeh, sergent devenu président de la Gambie à 29 ans après un putsch et dont on connaît la grande agressivité à l'endroit de ceux qui remettent en cause sa manière de gouverner ? Ce petit pays anglophone enclavé dans le Sénégal a beau abriter le siège de la Commission africaine des Droits de l'Homme et des peuples, Yahya Jammeh clame haut et fort : « Si j'ai envie de fermer un journal, je le ferai ».

Téodoro Obiang Nguema va encore plus fort : «Il peut décider de tuer sans que personne lui demande des comtes et sans aller en enfer », disait de lui la radio publique. D'ailleurs, la presse privée ni l'Opposition n'existent dans ce « Koweït de l'Afrique » en raison de la « pauvreté ». Mais n'allez surtout pas rêver de renverser le « Dieu de la Guinée Equatoriale ». Ce serait faire preuve d'atteinte à la démocratie et aux Droits de l'Homme. Même s'il est de notoriété publique que Téodoro Obiang, arrivé au pouvoir en renversant son propre oncle, fait pire que les autorités coloniales dans l'exploitation à son profit personnel des richesses de son propre pays. Et il n'est pas le seul.

Le 18 juin 2007, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire à l'encontre de Téodoro Obiang, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo, Blaise Compaoré - l'assassin du « Ché d'Afrique », Thomas Sankara - et José Eduardo dos Santos et leur entourage, accusés par trois associations françaises (Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la Diaspora) de "recel de détournement de fonds publics". Le 2 décembre 2008, pour demander la restitution de leurs biens mal acquis supposés, Transparency International France, l'association Sherpa et un citoyen gabonais ont déposé une nouvelle plainte assortie d'une constitution de partie civile visant Téodoro Obiang, Omar Bongo et Denis SassouSecretary_Rice_and_President_Obiang.jpg Nguesso ainsi que leurs entourages pour « recel de détournement de fonds publics ». Le 5 mai 2009, la juge Françoise Desset, du pôle financier de Paris, juge recevable cette plainte. Et dire que Téodoro Obiang a été reçu par Condoleeza Rice (Photo ci-contre)

En décembre 2008, l'Union européenne et Bretton Woods décident de suspendre les crédits pour Madagascar en raison de la mauvaise gouvernance de Marc Ravalomanana qui confond sa poche avec la caisse de l'Etat. Passons sur le hold-up permanent sur le pouvoir, notamment en période électorale. Saraléa Bernard, un officier de la Gendarmerie, a écrit dans « La Gazette de la Grande » du samedi 18 avril 2009.

« Pour s'assurer de la victoire dans tous les scrutins qui se sont succédé dans la Grande Ile durant son mandat et demi, Marc Ravalomanana a chargé la Digit.com de chiffrer et déchiffrer les résultats de chaque élection. Alors que cette société privée de traitement informatique appartenait à l'épouse du ministre Haja Nirina Razafinjatovo, son directeur de campagne lors de la présidentielle de décembre 2006 ! National Democratic Institute (Ndi), une Ong américaine spécialisée dans l'observation des élections, avait déballé l'arsenal des fraudes utilisé par le pouvoir Ravalomanana pour lui faire gagner l'élection présidentielle devant le corps diplomatique, la société civile et la presse nationale et internationale en début de l'année 2007, à l'hôtel Hilton d'alors.

Ainsi, la communauté internationale ne pouvait ignorer qu'il était simplement impossible de battre Marc Ravaomanana et son parti dans des élections. Le peuple avait-il alors d'autres solutions  que la rue pour se débarrasser d'un pouvoir qui a perdu sa confiance ? ».

Et pourtant. Et pourtant. En se réveillant le mercredi 18 mars 2009, enfin débarrassé d'un Marc Ravalomanana qui s'est enfui la veille, le peuple malgache aura vite fait d'attraper la gueule de bois en entendant que des pays étrangers condamnent l'instauration de la Transition vers une 4ème République après des mois de soulèvement populaire. Les Anti-Hat eux-mêmes le reconnaissent. Un communiqué en anglais de l'Alliance libérale démocrate qualifie le soulèvement anti-Ravalo comme d'un « popular rallies organized by the lumpenproletariat from the lower neighborhoods of Antananarivo » avant d'affirmer que les anti-Ravalomanana sont également composés de « local bourgeoisie coming from the Merina oligarchy and the rich roturiers, who had taken a lot of advantages from feudality and from the slave trade and are currently very dynamic within civil society organizations ». Mais alors, si le soulèvement contre Ravalomanana était le fait de la masse populaire + la bourgeoisie féodale et roturière, qu'est-ce qui reste pour le soutenir ? Pas la population des provinces en tout cas. Sinon, ce serait une démagogie de trop. Les pro-Ravalo sont passés maîtres dans ce genre de maladresses. Voilà pourquoi il est tombé.

La nature a horreur du vide. Marc Ravalomanana a démissionné et Andry Rajoelina a pris le pouvoir. L'ambaMalaza.jpgssadeur des Etats-Unis, Niels Marquadt, et celui d'Afrique du sud en sont témoins. Ils ont vu la lettre donnant le pouvoir à un Directoire militaire signé par Marc Ravalomanana, sans qu'un pistolet ne lui ait été mis sur la tempe. « La remise de pouvoir aux militaires est une façon diplomatique de démissionner", soufflera Niels Marquadt à Lala Rasendrahasina, président de l'église FJKM dont Marc Ravalomanana est le vice-président. La révélation est dans le numéro 509 du journal « Objectif Malaza » d'avril 2009. Diplomates et journalistes témoins des événements n'ont vu l'ombre d'un militaire rebelle. D'ailleurs, s'il y avait vraiment menace direct sur la personne de Marc Ravalomanana par des militaires rebelles, comme il le répète souvent dans son exil, ces derniers ne l'auront pas permis de donner le pouvoir à un Directoire militaire, sous peine d'être obligé de le prendre des mains du Directoire (épisode Episcopat) pour le donner ensuite à Andry Rajoelina ! Dans tous les cas, la bénédiction de la Haute Cour Constitutionnelle ne peut souffrir d'aucune contestation. Elle est souveraine et est la seule habilitée à reconnaître la constitutionnalité ou non d'un acte, sans que personne, encore moins une chancellerie étrangère en trouve à redire. La République a ses principes. Cela en fait partie.

Ces quelques points méritent, à mon avis, d'être éclaircis en ce moment où le problème de la reconnaissance internationale du régime de Transition à la malgache est sur la bonne voie. Un opposant ivoirien a osé évoquer l'exemple malgache. Depuis, il croupit en prison. Les dictateurs africains applaudissent des deux mains lorsque les occidentaux parlent de constitutionalité et d'alternance démocratique. Cela leur permet de rester indéfiniment au pouvoir. Il est interdit à un peuple, fut-il opprimé, de se soulever. Ah, l'Afrique ! Auparavant colonisé en raison d'idées économiques bâtardes. Maintenant de nouveau colonisé par des idées politiques que l'on a pervertit.

13.05.2009

On a tous quelque chose en nous de Johnny

J'adore les Sex Pistols ad vitam aeternam, je vénère Jimi Hendrix pareillement... Mais entre deux nostalgies, je reviens toujours sur Johnny Hallyday, l'Elvis Presley de la Francophonie, l'idole des toujous jeunes. J'aurais pu mettre ici l'article que j'ai écrit sur lui à l'occasion du concert au Stade de France. Je trouve que cet article du "Figaro Magazine" est plus frais. Il a prévu inclure Madagascar dans sa tournée d'adieu "Tour 66" qui vient de démarrer la semaine dernière. Il l'a annoncé après le passage de Laetitia au pays en 2008. C'est vraisemblablement avec beaucoup de regrets qu'il est obligé de déprogramer ce concert qui aurait dû avoir lieu en septembre. Dommage. Mais on ne déséspère pas. Car même s'il dit vouloir «M'arrêter là», on sait qu'avec Johnny, «Ça ne finira jamais»...

Johnny Hallyday.jpg

Johnny Hallyday, c'est un revenant herculéen. Il y a quelque chose d'un culturiste de foire chez ce marathonien des chapiteaux. Sur scène, il flambe toujours au milieu de décors babyloniens, avec ses cascadeurs, ses hélicos et ses motos, ses tréteaux et ses pyrotechnies. On se rend à ses concerts comme on monte dans un wagonnet de Luna Park. Depuis ses débuts, six présidents de la République se sont succédé à l'Elysée, mais le roi Johnny, lui, défend toujours son trône. Même les écrivains s'inclinent. On se souvient qu'il a inspiré des commentaires à Louis Aragon et à Lucien Bodard, qu'il a fasciné Marguerite Duras et Daniel Rondeau *.

Cette fois-ci, le rideau va tomber, même si on n'exclut pas un jour une réincarnation façon Sinatra, en crooner de cabaret, en chanteur à tabouret. Le fauve va nous rejouer sa vieille cérémonie avant la retraite, suer sang et eau tous les soirs, nous expliquer que le blues ça veut dire que je t'aime. Le droïde barbichu, sculpté par des années de culturisme et de cigarettes sans filtre, se souviendra-t-il du jeune homme élastique qui montait sur scène comme on joue sa vie ?

Il surgit dans une France grise et parcimonieuse

Tous ses fans savent que Jean-Philippe Léo Smet est né le 15 juin 1943 à la cité Malesherbes. Son père le reconnaît, mais l'acte ne sera pas validé : son géniteur est alors l'époux d'une autre femme. Très vite, l'enfant se voit recueilli par sa tante, Hélène Mar, dont la fille Desta est mariée avec l'artiste américain Lee Ketcham, alias Lee Halliday. Dès l'âge de 11 ans, le petit Jean-Philippe chante entre les numéros de danse de ses parents adoptifs. Lee Halliday, dont le nom de scène deviendra celui de Johnny en ajoutant un « y » supplémentaire, recevait de l'Oklahoma des disques de rock and roll. L'inoculation se fait là. Installé dans le quartier de la Trinité, Johnny fréquente le Golf Drouot, passe en attraction au dancing du Moulin Rouge, publie son premier 45 tours en mars 1960 avec un titre de Dalida, T'aimer follement.

Le jeune Johnny Hallyday surgit dans une France grise et parcimonieuse, un vieux pays auquel le général de Gaulle redonne une voix plus affirmée. Tandis que les DS ministérielles roulent vers Matignon, des jeunes gens de la rive droite rêvent d'Elvis Presley. Avec l'émission de radio puis le magazine homonyme, le temps de Salut les copains fédère des adolescents dansant au son des électrophones Teppaz. Pour le premier anniversaire du périodique, ce sont 150 000 spectateurs qui fêtent Johnny place de la Nation. L'idole des jeunes s'installe dans un paysage qu'il ne va plus quitter.

Une chevelure drue, une maigreur de chat affamé, des jambes qui s'ouvrent en ciseaux, la guitare accrochée à l'épaule, Johnny Hallyday incarne une silhouette, une liberté, un style, reprenant en français des succès américains, lançant de nouvelles danses comme le twist ou le madison, se faisant tailler sur mesure des succès par des façonniers de grand talent, tel le merveilleux «Retiens la nuit», cosigné par Charles Aznavour et son beau-frère Georges Garvarentz. Bientôt, on le voit aux côtés de sa petite fiancée bulgare, la plus belle pour aller danser, l'adorable Sylvie Vartan. La légende se dessine. Et, quoi que l'émule de James Dean ait voulu, c'est une légende française.

Le dépit secret de Johnny Hallyday fait probablement sa force : ce chanteur qui se faisait passer à ses débuts pour américain ne pourra jamais conquérir le monde anglo-saxon. Au fil des années, il aura beau accumuler les enregistrements dans le Tennessee, les rodéos en Harley Davidson, les bandanas de Sioux, habiter de fausses villas texanes, quelque chose le colle invariablement au terroir national. Tourne-t-il un western, c'est en Camargue. Tente-t-il de chanter à Las Vegas, c'est une déroute. Se produire en duo avec Carl Perkins ou Lionel Richie n'y aura pas suffi. Johnny Hallyday est français avec un clin d'œil amoureux et résigné, il sait qu'il appartient aux bals du 14 Juillet et aux cafés de province. Monument populaire, donc, mais la récompense est au rendez-vous. Alors qu'Elvis Presley ou Gene Vincent ont depuis longtemps rejoint le paradis des guitares électriques, Johnny remplit toujours les stades. Il vous dira qu'il a oublié de vivre ou qu'il aime sa jolie Sarah, et, une dernière fois, vous serez prêts à le croire. Pour son ultime tournée, osera-t-il chanter Les gens m'appellent l'idole des jeunes ? Après tout, nous ne sommes pas si vieux puisque Johnny est toujours là.

En 1964, Johnny effectuait son service militaire à Offenburg, en RFA. Il est un symbole de cette génération française qui, passé la guerre d'Algérie, ne montera plus au front. Dans une société de paix civile, les rockers miment le combat. Guitares saturées, montagnes d'amplis, immolations symboliques, Johnny le phénix va mourir plusieurs fois pour nous, en mutant sans répit. Il y a eu un Johnny hippie et un Johnny hard rock, un baladin des barrières et un chanteur à paillettes, les brushings des années 70 et la coupe sobre des années Nathalie Baye, lorsque Michel Berger lui ciselait mélodies graciles et hymnes de fer. Ce qui ne changera jamais au long de sa carrière, c'est le passage en force sur scène. Personne en France ne peut se vanter d'avoir tenu en puissance pendant aussi longtemps : les spectacles de Johnny Hallyday sont des autoportraits en forme d'ouragans. Il aura vécu dans son corps la guerre de l'alcool et des drogues, les tempêtes amoureuses, le combat contre lui-même. «Je suis un soldat», chantait-il dans Quand revient la nuit. Accidents de voiture, tentative de suicide, divorces, familles recomposées, démon de midi, il va tout éprouver et tout refléter. Johnny a même fini par incarner la modification des rapports d'autorité sur trois générations : aujourd'hui, l'enfant rebelle de 1959 est devenu un grand-père bienveillant qui chante des mélodies écrites par son fils.

En tout rebelle sommeille un parrain. Avec le temps, le paysage de la chanson française s'est largement distribué autour de ce totem central, que les musiciens de studio surnomment entre eux« l'Homme ». L'époque est loin où le chanteur Antoine proposait de le mettre en cage au cirque Medrano. Dès 1971, Michel Polnareff lui rendait hommage en l'accompagnant sur scène. Johnny est le premier qui ait donné sa chance au jeune Jimi Hendrix, ou permis au fondateur du groupe Foreigner, Mick Jones, de faire ses armes. Chacun sait qu'il existe dans le métier un honneur redoutable, celui de soutenir un duo face à Johnny : autant opposer un fétu de paille à un organe de laiton. Tous ceux qui comptent ont un jour travaillé avec lui, de Daniel Balavoine à Jean-Jacques Goldman, de Catherine Lara à Pascal Obispo. Philippe Labro se souvient des nuits passées dans un hôtel londonien pour écrire les paroles de l'album Flagrant délit. Mais on eut également la surprise, en 2000, de trouver sur l'album Sang pour sang des paroliers tels que Françoise Sagan ou Vincent Ravalec. En 2002, avec A la vie, à la mort!, ce sont Marie Nimier et Maxime Le Forestier qui rejoignaient la cohorte.

Johnny H avait aussi un rêve de cinéma. Comme avec l'Amérique, cette fascination n'a pas forcément débouché sur de grands accomplissements. Il y a eu les films de teen-agers du début des années 60, D'où viens-tu Johnny? ou Cherchez l'idole, autant de chromos sucrés. Il y a quelques apparitions, dans Les Diaboliques, de Clouzot, Conseil de famille, de Costa-Gavras ou L'aventure, c'est l'aventure, de Claude Lelouch. Il y a enfin les films construits avec des bonheurs inégaux autour de lui, comme Détective, de Jean-Luc Godard, L'Homme du train, de Patrice Leconte, ou Jean-Philippe, de Laurent Tuel. Et demain Vengeance, du réalisateur hongkongais Johnnie To, sélectionné au prochain Festival de Cannes (en salles le 20 mai).

Le roi des directs TV babyloniens

Peut-être est-ce dans un média plus populaire, la télévision, que Johnny aura finalement comblé ses fans. On ne compte plus les directs babyloniens, du porte-avions Foch au concert de juin 2000 à la tour Eiffel, les émissions spéciales des Carpentier ou de Michel Drucker, sans parler de la marionnette des « Guignols de l'info », se renversant en arrière pour proférer son fameux «Ah que coucou». En revanche, c'est un Johnny de chair et d'os qui a chanté le générique des Chevaliers du ciel, puis interprété un flic dans la série David Lansky, avant de parrainer les débuts de « Star Academy ».

Une époque de la chanson française va-t-elle s'achever ? Elle aura eu les traits de ce personnage révéré, fascinant, moqué, incontournable, toujours star. Eddy Mitchell raconte cette histoire savoureuse : alors que l'ancien chanteur des Chaussettes Noires est en tournée, Johnny décide un soir de le rejoindre sur scène pour le rappel. Arrivée de Johnny H en coulisses, qui s'avise qu'il a oublié ses lunettes noires. Heureusement, un vigile à oreillette est en faction, arborant une magnifique paire de Ray-Ban. Johnny les lui emprunte. «C'est un honneur», dit le vigile, fasciné. Eddy et Johnny entrent en scène, délire dans la salle, ils font deux chansons ensemble. A la fin des rappels, Johnny salue le public et lance théâtralement les Ray-Ban dans la fosse d'orchestre. Evidemment, le vigile n'a jamais revu ses lunettes. Rock and roll !

25.04.2009

Le MFM est passé par là

Manandafy.jpg

« Nous sommes passé au stade d'action maintenant ! ». Au téléphone, en pleine conversation devant l'entrée du jardin d'Ambohijatovo, un militant d'une espèce en voie de disparition, le MFM, crache à haute voix son venin dans le cellulaire collé à l'oreille. En traversant la rue vers le coin des kiosques, on constate que les gargotes sont pleines à craquer. Il y en a au moins qui profitent du meeting quotidien d'Ambohijatovo. D'autant plus que l'argent y coule à flot, selon une tenancière. Dans une de ces échoppes, je surprends des employés du service public en train de vider des THB « Mahery » entre deux soupes chinoises. Ce sont généralement des gens que le vent de la « révolution orange » a balayé, ou balaiera, de leurs postes de commandement. J'en connais certains. Sur les bancs de l'école ou dans un bureau. On se salue amicalement. Une manifeste sur l'état de l'éducation nationale est en train d'être rédigée sur un ordinateur portable que personne ne maîtrise. On est loin de l'époque des tracts imprimés sur une ronéo. Des dazibao. On est loin des drapeaux rouges avec le black au bandeau, façon symbole corse. Mais les rouges et experts sont toujours là. Ils ont adopté les couleurs de Tiko mais demeurent des experts en manipulation de masse.

« La nomination de Manandafy Rakotonirina, comme Premier ministre, est une déclaration de guerre aux tenants de l'actuel régime transitoire », disait Constant Raveloson, un des derniers Mohicans restés fidèle au gourou du MFM. Un propos rapporté par « La Gazette de la Grande » dans son édition de samedi 18 avril. Selon son auteur, L. Denis Alexandre, cela « signifie que des innocents seront sacrifiés sur l'autel de la soif du pouvoir de certains de nos hommes politiques. N'est-ce pas Alain Andriamiseza, Satrobory et les autres animateurs d'Ambohijatovo qui ont crié, l'autre jour, que la lutte continue même « s'il y aura 1000, 2000, voire 3000 morts ». Tsiranana leur ont chanté le même refrain en '72 avec « tsak tsak zato arivo ». Manifestement, les chansons rétro sont à la mode.

Ainsi donc, « la nomination du leader MFM ne constitue que la première phase du plan pour le retour de Marc Ravalomanana ». La seconde étape sera de diviser l'armée pour rééditer la rébellion du Capsat en mars en faveur de Andry Rajoelina pour aboutir à la troisième phase : l'appel à une armée d'interposition, dirigée par la Sadc naturellement. En résumé, c'est l'opération « Guerre civile » en commençant par des guérillas urbaines. La stratégie est digne d'un Etat-major du temps des maquisards : provoquer les forces de l'ordre dont les ripostes provoqueront un effet boule de neige tout en scandalisant l'opinion en raison des éventuels dommages collatéraux.

Le résultat est là : des morts et plusieurs dizaines de blessés depuis le 20 avril. C'est un secret de Polichinelle : des militants d'Ambohijatovo sont armés. Diana Chamia en a vu qui ont fait explosé une voiture avec une grenade. Une certaine radio aurait d'ailleurs éructé une directive pour attaquer toutes les 4x4. Et dire qu'en janvier, l'ancien Pape du Socialisme tendance maoïste reconverti en chantre du libéralisme à outrance ( !), Manandafy, a dit urbi et orbi qu'en tant que membre de l'International Libéral, il refuse de prendre le pouvoir par la rue. Ironie du sort, il part à la conquête du pouvoir par la rue, où il a été nommé PM par la grâce d'une décision signée... à Tripoli. On n'arrête pas le progrès. Bientôt, l'ancien défenseur du prolétariat, Manandafy, fera un conseil de gouvernement par SMS depuis son bunker bourgeois, l'hôtel Carlton !

Le petit people du Net est émotionné par l'opération des militaires. Personnellement, je suis le premier à me lever pour dénoncer les tirs sur des civils. Et c'est justement pour cette raison que je me pose la question : où étiez tous ces gens il y a un mois et demi  lorsqu'on a envoyé les militaires, les mêmes, pour tirer des balles réelles dans les quartiers, jusque devant ma porte, chaussés de Nike, comme maintenant, ou roulant à bord de 4x4, comme maintenant, armés jusqu'aux dents et causant autant de dommages collatéraux ? A l'époque, je n'ai pas enregistré autant de voix scandalisées par la chasse au "vahoaka tsy manan-tsiny". Pourquoi, à l'époque, l'Anawi n'a pas fait un ultimatum pour que s'arrête la chasse à l'homme dans les quartiers populaires ? Allons, Ladies and gentlemen, arrêtons la mauvaise foi. C'est parce que l'on s'est toujours bouché les oreilles et fermé les yeux au moment où il ne fallait pas que l'on entende ces grenades et que l'on voit ces morts d'aujourd'hui.

Car le mal est fait. Le MFM l'a fait. « Finalement, le MFM a réussi son coup, et c'est un coup de maître. Non pas de faire revenir l'ancien Président, mais celui de créer des troubles graves », note encore LGDI dans « Lundi noir pour la démocratie : Subversion, la guérilla urbaine et le MFM ». Encore une fois, à nous d'en tirer leçon. Si on veut bien réviser nos manuels. Ambohijatovo même est divisé. Raharinaivo Andrianantoandro s'est vu retiré le micro en voulant prêcher la modération. Ambroise Ravonison lui-même, celui qui a annoncé le vrai-faux retour de Ravalomanana, a été agressé physiquement par  l'animateur Anja pour avoir voulu donner à ce dernier une leçon de non-violence. « Mandalo Ramaka dia may ny tanàna ». Là où Manandafy passe depuis 1972, l'herbe de la démocratie ne repousse plus.

 

 

11.04.2009

Sex & drugs & Ravalomanana

"Durant les sept années de règne de Marc Ravalomanana, des confidences plutôt déroutantes se sont déferlées dans divers milieux pour La Vérité marijuana.jpgrévéler que ce dernier aurait manifesté des intérêts particuliers pour la drogue. Plus grave encore, de mauvaises langues l’ont donné comme un consommateur avéré de ces stupéfiants sans que, toutefois, personne n’en ait pu donner la moindre preuve. Néanmoins, les investigations que nous avons menées, avec l’aimable collaboration de nos confrères et consoeurs du Club de la presse privée, nous ont permis de mettre la main sur un dossier compromettant qui révèle que non seulement Marc Ravalomanana est intéressé par la culture de marijuana à Madagascar mais encore et surtout il a voulu participer à l’ « Irius marijuana cup world championship » ou, tout simplement, à un… « championnat mondial de la culture de marijuana ». Scandale !"

C'est ainsi que le quotidien "La Vérité" débute un article sur un nouveau dossier à mettre à l'actif de l'ancien président Marc Ravalomanana. On a déjà parlé de sexe. Maintenant donc, c'est un nouvel iceberg qui commence petit à petit à immerger : la drogue.

"En voulant participer à ce hampionnat mondial, Marc Ravalomanana a révélé qu'il a déjà sa plantation de cannabis à Madagascar et que sa visite officielle en Colombie, antre de la culture et de la consommation de la drogue, n'est guère innocente", conclut l'auteur, R.H. L.

On peut, bien évidemment, répliquer que l'invitation de Enrique Fornes Angeles est destinée à tout le monde. Donc cela ne prouve rien. Par contre, j'ajoute au dossier que j'en ai déjà touché mot en 2002 dans une publication confidentielle. J'y ai alors posé bien de questions sur les relations étroites entre Ravalomanana et l'ancien maire de Baltimore, Kurt Schmoke, réputé aux Etats-Unis pour être le défenseur de la libéralisation de la drogue.

 

Kurt Schmoke.JPG

Effectivement, l'une des mesures diplomatiques du régime Ravalomanana était d'étendre vers la Colombie la juridiction de l'ambassade malgache aux Etats-Unis. On se demande bien dans quel intérêt.

Enfin, Ravalomanana a motivé l'achat de la nouvelle "Air Force One" de la discorde par le fait qu'il a besoin d'un long-courrier pour éviter les fastidieux escales. A l'époque justement, je viens de lire le témoignage de Fausto Cattaneo, un flic suisse qui a infiltré les cartels, qui disait que les trafiquants de drogues colombiens possédaient également des long-courriers pour la même raison.

Sex & drugs, Ravalomanana serait-il aussi rock'n roll. Vraisemblablement pas. Sinon, il serait resté au pouvoir.


02.04.2009

Le mensonge international de Ravalomanana

Poisson d'avril. Internet est un monde merveilleux, mais qui mérite bien aussi son nom : une toile où les mouches non prudentes se font vulgairement attraper. Depuis deux jours, c'est un peu le cas de tout le monde, exceptées ma pomme et quelques personnes averties. L'ancien président Ravalomanana fait circuler sur le net un discours "fantôme" qu'il aurait déclamé au sommet de la Sadc lundi 30 mars 2009. Même l'AFP, généralement reputé pour sa vigilance, s'est laissé berné ici. Non, Ravalomanana n'a pas assisté au sommet de la Sadc. Ce discours est, en fait, celui qu'il aurait aimé dire devant la bande de lascars de la Sadc. Faute de quoi, il l'a distribué comme un vulgaire tract. Sadaikatra... Le communiqué officiel de la Sadc ne mentionne pas sa présence au sommet.

Ce mensonge fera date dans les annales de la diplomatie internationale. Non seulement, Ravalomanana a menti sur la forme, mais il a également menti sur le fond.  L'article de l'AFP a ouvert la série des démentis autour des déclarations de Ravalomanana dans ce discours fantôme. Je n'y reviendrai pas. Sauf pour ajouter que jusqu'ici, "améliorer l'atmosphère des affaires" signifie pour Ravalomanana éliminer tous les concurrents potentiels. D'autre part, un président de la République qui se respecte, fut-il ancien, ne souhaiterai jamais, mais alors jamais, que son pays soit envahi par les militaires de pays étrangers. A fortiori par les sadiques de la Sadc.

Andry Rajoelina a décidé le retrait de Madagascar de la Sadc. Passons sur le débat quant à l'utilité de l'adhésion de Madagascar à ce marché régional. Ce qui saute aux yeux, au vu du communiqué officiel, est que la Sadc n'est juste qu'une association de malfaiteurs qui se sont donné le mot de se défendre les uns et les autres en cas de mauvaise passe. Sinon, comment expliquer le fait que malgré tout le mal que Mugabe a fait au Zimbabwe, et nonobstant les sanctions de la communauté internationale, la Sadc continue de le soutenir contre vents et marrées et s'engage  même de mener "une campagne diplomatique délibérée visant la levée des sanctions contre le Zimbabwe".

Mugabe est le champion des détenteurs de diplômes honoris causa, toutes catégories confondues. Ravalomanana en raffole. Comme quoi, on est entre des gens qui se comprennent.

24.03.2009

Ravalomanana est au Swaziland !

Déconnecté du net depuis 24 h, j'ouvre facebook et devinez ce que je découvre ? Que Marc Ravalomanana se trouve au Sawaziland ! L'info est d'un journal swazi, "Swazi Observer", qui le tient du ministère des affaires étrangères local.
Marc Ravalomanana serait dans ce miniscule royaume depuis mardi dans le but de discuter "paix, démocratie et légalité" avec le roi Mwsati III. Quand on sait ue Ravalomanana s'est déjà fait faire un costume d'empereur qu'il compter étrenner après le sommet de l'Union africaine. Un sommet qui risque de nous filer sur la barbe au profit de l'Afrique du sud. Ceci explique pourquoi le pays de Mandela pris la tête de ceux qui mettent à l'index la Transition.

Après s'être enfui d'Iavoloha, mardi 17 mars 2009, à bord d'un Golf type V, Marc Ravalomanana a passé quelques jours à Andranomanelatra (Antsirabe), dans sa résidence située près de l'usine Tiko. Il n'aurait jamais voulu quitter le pouvoir, mais les éléments de la garde présidentielle ont tous regagné leurs camps. Sauf quatre. Ainsi, dans la matinée du 17 mars, il a fait appel à quelques chancelleries étrangères pour l'aider à s'enfuir. Devant le refus de celles-ci, il s'est mis dans une colère noire, proche du transe, maudissant tout le monde et réclamant sa maîtresse. Le tout devant une Lalao déjà habituée aux dépressions du personnage. Après une séance avec son tradipsychothérapeute, il tombe en léthargie. A son réveil, on lui propose gentimment, mais fermement, de quitter le palais. Le reste est connu.

Mswati III.jpgLe roi du Swaziland est connu par ses dépenses luxueuses, alors que 70% de ses sujets vivent au-dessous du seuil de la pauverté, et une tradition particulière : régulièrement, il choisit une nouvelle épouse - il en a 14 - parmi les filles (encore) vierge de son pays où 40% des femmes sont séropositives. Il serait très copain avec Ravalomanana. Dis-moi qui tu fréquentes...

DEPOSED Madagascan President Marc Ravalomanana is currently in the country for an undisclosed mission.

The president arrived at the airport yesterday afternoon.
This was confirmed by Principal Secretary in the Ministry of Foreign Affairs, Clifford Mamba.
He stated that the overthrown president was here to see Chairman of the organ Troika His Majesty King Mswati III.
"There can only be one issue that would be discussed and that is bringing peace in Madagascar."
Mamba stated that he was not sure how long Ravalomanana would be in the country. This follows a troika meeting held at the Royal Villas last Thursday.
At that summit, new President  Andry Rajoelina was denounced by SADC.
Southern African leaders are expected to finalise a regional economic aid package for Zimbabwe and discuss possible sanctions against Madagascar in South Africa next week, SA Department of Foreign Affairs spokesperson Ronnie Mamoepa said.
The African Union suspended Madagascar last week and the United Nations have criticised Rajoelina's power grab

By Nelsiwe Ndlangamandla

 

Les femmes Swazi.jpg

Un échantillon du harem de Mswati III. De quoi donner des idées à Ravalomanana.



 

24.02.2009

Le cache-sexe des Légalistes

Il y a des moments où on aimerait bien remonter le temps pour que certains ratages ne le soient pas. Certains ont changé un destin personnel et, chemin faisant, celui d'une Nation. Parfois dans le mauvais sens. Par exemple, si Hitler aurait été reçu à l'Académie des Beaux-Arts, il serait resté un aquarelliste qui aurait juste caricaturé les Juifs dans ses tableaux au lieu de les gazer. Si Marc Ravalomanana aurait réussi son Bepc, il aurait pu continuer ses études et faire une carrière pépère dans l'administration avec un diplôme non honoris causa au lieu de se venger sur un système qui lui a opposé un obstacle. Hitler a fait de la prison, où il a mûri sa philosophie politique, avant de prendre le pouvoir d'une manière tout à fait légale avec l'approbation de la majorité de l'intelligentsia allemande de son époque malgré le caractère horrible de son projet de société. Marc Ravalomanana a également fait de la prison (et plutôt deux fois qu'une), où sa conviction du pouvoir de l'argent s'est trouvé renforcé, avant de prendre le pouvoir d'une manière tout à fait légale avec l'approbation de l'intelligentsia malgache, qui s'est murée depuis dans un silence complice, malgré l'extrême pauvreté, pour ne pas dire l'absence, d'un projet de société.

Ceux qui n'étaient pas d'accord avec Hitler ont été forcé de s'exiler. Ceux que Marc Ravalomanana n'a pas aimé ont été expulsé. Ils apportaient un éclairage non conforme à la pensée unique nécessaire pour la conquête d'un lebensraum (espace vital) aux frontières élastiques. Le père Sylvain Urfer étaient de ceux là. Il a tiré la sonnette d'alarme dès 2002. Il faisait alors partie de ceux qui ont osé affirmer le mensonge démocratique du "1er tour dé vita" qui a permis à Ravalomanana de faire un hold-up sur le pouvoir avec l'appui de la plèbe de la place du Treize-mai que ses partisans renient actuellement. Sylvain Urfer l'explique noir sur blanc dans son livre "Le doux et l'amer", publié en 2003 aux éditions Foi et Justice.

Sylvain Urfer.JPG



Ce prêtre jésuite lauréat de l'Institut des études politiques de Paris enfonce encore le clou dans un article-bilan de "L'an I de Ravalomanana", paru dans la revue allemande "Der überblick", en 2003.

"Marc Ravalomanana n'a pas été élu sur un programme (qu'il n'avait pas), mais parce qu'une majorité de citoyens ne voulait plus   de     Didier Ratsiraka et qu'il passait pour l'homme capable d'apporter au pays le changement attendu, à savoir la démocratie et la prospérité (...) Au terme d'une première année de pouvoir, Marc Ravalomanana n'a pas dissipé les ambiguîtés sur ses intentions réelles. Le sursaut éspéré ne s'est pas produit, les anciennes habitudes ont repris, et le rédémarragede l'économie sefait attendre. Certes, le discours est toujours moralisateur et pleines de bonnes intentions. Mais la pratique s'en écarte deplus en plus, au profit d'un autoritarisme qui ne tolère pas les divergences, et des décisions qui ne s'encombrent pas des contraintes du droit".

On connaît la suite, le père Urfer sera expulsé de Madagascar manu militari le samedi 12 mai 2007. Rémy Ralibera est également prêtre et jésuite. Heureusement, qu'il n'est pas vazaha. Et pour cause ! Sinon, on l'aurait sûrement déjà aussi expulsé au nom du "Fahamarinana & Fahamasinana" (vérité et sacralité) pour avoir osé fustiger le régime Ravalomanana et les hommes d'Eglise qui ont vendu leur âme au diable dans son autobiographie, "Souvenirs et témoignages malgaches", paru en 2007 toujours aux éditions Foi et Justice.

En 2002, écrit-il, "les chefs d'église du FFKM se Rémy Ralibera.JPGrangèrent du côté des partisans de Ravalomanana qui refusèrent le second tour, sous le prétexte officiel de la lutte pour le respect de la voix des urnes. Cette attitude des chefs d'Eglise divisa déjà les membres du Bureau et des Commissions permanentes. N'ayant pas les données du problème entre les mains, le FFKM n'avait pas à adhérer à un camp ou à l'autre (...) cette inféodation pratique des chefs d'Eglise du FFKM au Président Ravalomanana... n'était pas partagée par toutes les instances du FFKM (les Faritany, les membres du Bureau ainsi que beaucoup de membres des diverses commissions du FFKM, dont en particulier le SEFIP, Sehatrasa ekiomnenika momba ny fiainam-pirenena, Commissionsur la vie nationale). Ce qui a aggravé la situation, c'était cette méthode du président-monarque Raalomanana qui consistait à classer le monde en deux camps : ses amis, donc les bons, et ses adversaires, donc les méchants opposants; il n'y a pas de milieu (...) selon le principe de la présidence tournante, le président du FFKM de décembre 2005 à décembre 2006 fut le pasteur FJKM Lala Rasendrahasina, conseiller technique de Ravalomanana (qui est lui-même vice-président de l'église FJKM). La situation ne s'en est pas trouvé améliorée".

De 2002 à 2009, beaucoup d'eaux sont passés sous le pont de Fatihita dont on demeure encore dubitatif sur les responsables de son dynamitage. Ce qui est sûr est que Marc Ravalomanana a failli sur son projet de société : "minoa fotsiny ihany" (croyez simplement).

On le croyait bâtisseur. Il na construit que des routes dont les financements était bouclés par le gouvernement de Tantely Andrianarivo. Boulevard de l'Europe ne saurait mentir.

On le croyait bon gestionnaire, la suspension des aides par Bretton Woods, l'Union européenne et tout le reste depuis décembre 2008, c'est-à-dire bien avant le cyclone Andry TGV, est une preuve irréfutable qu'il est tout, sauf un adepte de la bonne gouvernance.

On le croyait démocrate. La nouvelle loi sur les partis qui interdit la candidature des indépendants et qui soumet l'existence des partis politiques à son bon vouloir est une manière de dire qu'il s'apprête à mourir au pouvoir.

Et Jean Passe.

Tout ceci explique la nécessité d'une Transition. Pour remettre le compteur à zéro et réécrire les règles du jeu politique. Pour qu'à l'avenir, le peuple ne sera plus obligé de descendre dans la rue pour réclamer un changement. Car il y a des cas, comme dans la situation actuelle, où les lois sont écrites de sorte que ceux au pouvoir y sont boulonnés pendant un bon bout de temps avec l'aide de certains militaires dont les bruits de bottes résonnent d'espèces sonnantes et trébuchantes. Il y a des situations où les voix doivent sortir de l'urne pour se faire entendre.

L'Electoralisme est le cache-sexe des Légaliste. J'espère l'avoir mis a nu ci-dessus. Mais cachez plutôt ce sexe que l'on ne saurait voir. Il n'a servi qu'à baiser la Nation.

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