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13/05/2017

13 mai, que reste-t-il de nos révoltes ?

La révolte du 13 mai 1972 a 45 ans. Et bien, j'en ai déjà fait le bilan à mi-parcours. Il y a 21 ans, en 1996, j'ai écrit cet article pour "L'Express de Madagascar". Mon avis n'a pas changé. Je l'ai même confirmé ici. Pour ceux qui ont la mémoire courte.

13 Mai ; Pour la jeune génération actuelle, cela évoque surtout cette place au milieu de l’Avenue de l’Indépendance où la foule se pressait pour écouter les élucubrations des meneurs de la « Révolution des chapeaux », en 1991.

13 Mai. Pour les quadras, c’est davantage 1972. Les « tsak, tsak ! » de Tsiranana, les arrestations et Nosy Lava. Une simple protestation estudiantine qui aboutit à un changement de régime. (En considérant également 1991, l’on se demande des fois si les changements de régime par mouvements populaires ne tendent pas à devenir une habitude au pays).

Mai 1972 a été un grand tournant dans l’histoire de Madagascar en marquant le refus des Malgaches du « néo-colonialisme » (symbolisé par l’accord de coopération avec l’ancienne métropole). Un refus qui tire ses origines dans une fierté nationaliste doublement frustrée par le débâcle de mars 1947 et les négociations à l’amiable de l’Indépendance nationale.

Madagascar, 13 mai, 1972, Randy Donny

A Madagascar, on sait mettre le feu, mais on est incapable de l'éteindre. Les Malgaches seraient-ils pyromanes ? Ici, les locaux du quotidien "Courrier de Madagascar" incendiés par les révoltés du 13 mai 1972.

Le mouvement ’72 aura 25 ans d’ici l’année prochaine. Une occasion pour nous d’apprécier, dès maintenant, ce qui s’est passé entre-temps.

  • Sur le plan économique : la résiliation de l’accord de coopération franco-malgache, censée apporter le complément indispensable à l’indépendance à l’indépendance politique, n’a mené qu’à une impasse (surtout à cause de l’utopie socialiste). D’où l’obligation, pour Madagascar, de conclure un autre accord (celui d’avec les institutions de Bretton Woods) beaucoup plus contraignant que celui vomi par mai ‘72
  • Sur le plan culturel : le mouvement a permis l’émergence de la chanson engagée. Mahaleo, Rambao (dont la composition « Rotaka » fut interdite d’antenne), Ralay… Que sont-ils devenus ? Rambao s’est englué dans la variétoche, s’est embourgeoisé avant de se convertir en jazz façon Django Reinhardt. Sans paroles. Dama, le charismatique leader de Mahaleo, lui, a été élu député de Madagascar grâce à sa seule notoriété. Apparemment, son séjour à Tsimbazaza l’a changé sur de nombreux points. Ses duos avec le pasteur des financements parallèles, par exemple, a déjà indisposé une partie de son électorat. Autant mourir comme Ralay…
  • Sur le plan politique, la grève a été pour certains l’occasion d’un « baptême de feu » politique (Manandafy, Olala,…), Pour d’autres, un apprentissage de pouvoir politique pendant la parenthèse Ramanantsoa. Parmi ces derniers : Ratsiraka et ZafyAlbert, les deux ténors des régimes qui vont s’ensuivre. D’où une curieuse constatation : si mai ’72 a bel et bien renversé un régime, il n’a pas mis fin pour autant au vieux plan colonial de garder une main sur les affaires de Madagascar, même après son indépendance. Le particide du MDRM (jugé trop anti-français) ayant principalement pour but de laisser le champ libre au « sympathique » Padesm. Ainsi, Tsiranana le père a été Padesm avant de fonder le PSD. Ratsiraka, fils et gendre de Padesmnous permettent bien des surprises…

 En plein cœur de la capitale, une des plaies laissées par mai ’72 demeure encore béante : l’Hôtel de Ville, symbole républicain s’il en est. Mais qui s’en préoccupe ? Le nouveau maire de Tana a d’autres trous à combler. Le palais de la Reine, par exemple,… Esprit ’72, où es-tu ?  

Randy

«L’ Express de Madagascar » du lundi 13 mai 1996  pp.16

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