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22/06/2007

Les hauts et les bas de l'ariary à travers l'histoire

6fb9e4ad35cbd94b0a0a2287ccc18ffd.jpgLa banquière : "quel est le montant de votre chèque ?". La cliente, vraisemblablement une ouvrière des zones franches : "400.000". La banquière : "Vous avez bien lu, au moins, votre chèque ?". La cliente : "Oui, c'est 400.000". La banquière, excédé : "Regardez, c'est 400.000 ?". Sur le chèque, il est écrit 80.000. En fait, c'est kif-kif. 400.000 Fmg équivaut à 80.000 ariary. Sauf que, deux ans après l'adoption officielle de l'ariary, la cliente est toujours incapable de compter autrement qu'en Fmg. La scène, authentique, s'est passé dans une banque d'Ankorondrano. J'y ai assisté, tout en grommelant quelques noms d'oiseaux à l'endroit de la banquière car non seulement, moi aussi, je suis incapable de compter en ariary, mais aussi parce qu'elle doit respect aux clients que je sache. Oui, je continue à dire que le basculement vers l'ariary est une des décisions les plus stupides que l'on ait pris ces derniers temps car non fondée sur une véritable nécessité économique. C'est ce qui m'a déjà amené à écrire ce dossier en 2005. Le texte circule beaucoup sur le net. Autant que je le reproduise ici aussi.

Nos ancêtres les Vazimba pratiquaient le troc comme unique système d'échanges. L'introduction de la monnaie est généralement située vers le Xè siècle. Elle était le fait des Arabes qui commerçaient sur les côtes nord-est et nord-ouest et qui apportaient avec eux des dinars d'or fatimites. Certains de ces dinars ont été retrouvés dans des sépultures, tel à Vohémar. D'usage encore inconnu, ils étaient généralement utilisés au début comme parures, entre deux bijoux en verroteries et perles.
Plus tard, à partir du XVIè siècle, les Européens qui allaient vers l'Inde faisaient escale à Madagascar avec leurs marchandises et leurs monnaies nationales. C'est ainsi que les Portugais introduisirent le piastre, devenu "parata", et les Espagnols le real, devenu "ariary". A moins que ce dernier ne soit connu des Malgaches bien avant, par l'intermédiaire toujours des Arabes. "Le real est une expression espagnole reprise par les Arabes qui y ont ajouté l'article défini Al ou Ar. C'est donc devenu Al ou Ar real", selon une communication personnelle de l'historien Aimé Rambelo Razafindrakoto (Vonin'Oliva), auteur d'un ouvrage sur l'histoire de Madagascar et des Merina (2003). Selon lui, l'ariary "gasy" était originellement constitué de 4f 80 tandis que l'ariary "vazaha", de conception récente, est de 5 francs. Quoi qu'il en soit, la monnaie introduite majoritairement au pays était les pièces d'argent de 8 reales provenant de l'atelier monétaire de Mexico.
L'adoption progressive de la monnaie entraîne une inflation, certainement la première que l'histoire ait jamais notée à Madagascar. Le père jésuite portugais, Luis Mariano, remarquait en 1613 que "les indigènes vendent leurs articles de commerce très cher ; ils acceptent en paiement de piastres, de réaux..." ; tandis qu'à Fort-Dauphin, les Français étaient dans l'obligation de battre monnaies sur place afin de pouvoir continuer à commercer avec les locaux. Aucun exemplaire de ces monnaies, les premières à être fabriquées à Madagascar, ne fut trouvé. Vraisemblablement copie des monnaies françaises, elles ont dû se mélanger, sans que l'on puisse les distinguer, des monnaies frappées en France.

"TARAIKY" OU L'ARGENT DES ANCÊTRES

Il faut attendre le XVIIIè siècle pour retrouver des indications sur une autre fabrication locale de monnaie. Cela s'est passé sur les Hautes terres dont la population, obligée de s'organiser pour résister aux razzias des traitants d'esclaves venant des côtes, gagnait en puissance. Selon les Grandidier dans "Histoire politique et coloniale", on offrait des pièces d'argent dites "taraiky" pour honorer l'idole Ikelimalaza au temps d'Andriambelomasina. Les pièces étaient "faites en Imerina par quelques Blancs y résidant", probablement des Arabes venus de la côte nord-ouest, le terme "vazaha" servant à désigner originellement tous les étrangers. Le "taraiky" peut être considéré comme la première unité monétaire authentiquement malgache, d'autant plus qu'on l'appelait également "volan-drazana" (l'argent des ancêtres) si au moins on aurait pu en trouver des spécimens. Ce qui n'est pas le cas. Comme les pièces de Fort-Dauphin, il pourrait simplement s'agir de copies de monnaies étrangères, tel que justement le real. Selon Leguével de Lacombe dans "Voyages à Madagascar et aux Iles Comores (1823-1830)", "Les Hovas (...) fabriquaient autrefois de fausses piastres d'Espagne dont l'imitation était si parfaite que les Blancs eux-mêmes y ont longtemps été trompés".
Faute d'une monnaie fabriquée localement, la Grande île se trouve inondée par une foultitude de pièces. D'autant plus que, comme disaient J. et S. Chauvicourt dans "Les premières monnaies malgaches" in "Bulletin de Madagascar" (février 1968), "l'effondrement de l'empire colonial espagnol au début du XIXè siècle, avait entraîné la fin du monnayage espagnol comme système mondial. Cependant, les républiques latino-américaines indépendantes : Mexique, Bolivie, Pérou, etc. qui possédaient des richesses minières fabuleuses, poursuivirent la fabrication de monnaies se rapprochant du standard espagnol".
C'est ainsi qu'il y avait le "ngita", dans le sens de enchevêtré, une piastre espagnole caractérisée par la richesse de ses détails ; le "tanamasoandro", une piastre mexicaine avec un bonnet phrygien et l'inscription "Libertad" auréolé d'un rayon de soleil ; le "tokazo", originaire de Bolivie avec le profil de Bolivar, côté face, et un arbre, côté pile ; le "malamakely", piastre peu épaisse datant de la Iè République française ; le "behatoka", pièce de Louis XVIII et Charles X dont les profils représentaient de fortes nuques ; le "tombontsisina" ou "tomboka", piastre de l'Union latine dont l'exergue était marqué en creux au lieu d'être en relief ; le "mandrihavia", pièce de Louis-Philippe ; "l'ampongabe" de Napoléon III, les Malgaches ayant pris pour un gros tambour les armes de l'Empire ; le "tranom-pitaratra", pièce italienne, parce les armes de Savoie de Victor-Emmanuel ressemblent à un panneau vitré ; le "volavavy", pièce française figurant Marianne ; et enfin et surtout le "tsangan'olona", une pièce datant des IIè et IIIè République française figurant trois personnages debout avec l'inscription "Liberté, égalité, fraternité". C'est à l'époque, plus précisément en 1855, que l'on situe les véritables débuts de l'ariary. Valant 5 francs à l'origine, un "tsangan'olona" se négocie au bas mot à 125 000 Fmg actuellement chez les antiquaires, en raison de sa bonne teneur en argent et d'une certaine croyance populaire que lui attribue des vertus magiques.

MONNAIE COUPEE

Les premières tentatives de création d'une monnaie authentiquement malgache survint avec l'avènement du "Royaume de Madagascar", ainsi que les Britanniques reconnurent le royaume Merina après son extension vers les côtes. En 1826, suite à ses audacieuses réformes, Radama Ier fit une tentative de fabrication de monnaie avec son effigie. Pesant 13 gr, l'exemplaire unique de cette pièce d'argent se trouvait au Palais de la Reine. Du moins avant l'incendie de 1995. Sous le règne de Radama II (1861-1863), la "Charte lambert" inclut la fabrication de monnaie avec le portrait du roi. Les projets resteront en veilleuse jusqu'à l'avènement de Ranavalona III au trône en 1883 qui envisageait d'échanger le trésor accumulé dans les caves du Palais par la reine Rasoherina, lequel serait de 800 000 francs en piastres mexicaines. Des ateliers monétaires européens se mirent alors à fabriquer des échantillons de monnaies, notamment de 5 francs, de 10 centimes et de "kirobo" (1f 25).
On prête également à Ranavalona III le dessein de mettre fin à la circulation de la monnaie d'argent coupé afin de la remplacer par une monnaie divisionnaire. Pour remédier au manque de petite monnaie, la population fut amenée à couper le piastre en morceaux. Ceci va donc du ariary (5 francs) au variraiventy (1/720è), en passant par le loso, de l'arabe nusf ou nus (demi-franc) ; le kirobo, de l'arabe roba signifiant un quart ; l'iraimbilanja bien sûr (1/5è) ; le sikajy, de l'espagnol scods et de l'italien scudi (0f 60) ; le voamena, d'après la graine de l'abrus precatorius (1/24è) ; etc.
Le projet de Ranavalona III n'aboutit que lorsqu'elle fut renversée par la conquête coloniale française qui acheva d'instituer l'unité monétaire de l'île. En 1900, 4,9 tonnes de monnaie coupée furent remplacées dans la circulation par 831 753, 42 francs français. Passons sur les différentes espèces monétaires émises sous la colonisation et qui n'intéressent que les numismates pour signaler simplement que le droit de battre sa propre monnaie ne sera de nouveau permis à Madagascar qu'avec le retour de l'indépendance. En 1965, l'Institut d'émission, actuellement Banque centrale, mit en circulation les premières pièces de 2 francs et de 1 franc frappées de l'inscription "Famoahambolan'ny Repoblika Malagasy".
Quarante ans après, l'ariary remplace le franc. Une révolution beaucoup plus pour le citadin, habitué à raisonner en franc, que pour la masse rurale qui a toujours compté en ariary. On en attend les résultats des premières évaluations qui porteront, entre autres sur deux aspects majeurs : la consommation, perturbée par les fastidieuses exercices de conversion, s'en trouvera-t-elle ralentie et le basculement entraînera-t-elle une nouvelle inflation, comme ce fut le cas en Europe avec euro, la conversion - surtout avec les arrondis - ouvrant la porte à tous les abus ?

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Les principales subdivisions de l'ariary

1/2 : loso

1/3 : sasanangy

1/4 : kirobo

1/5 : iraimbilanja

1/6 : venty

1/7 : lasitelo

1/8 : sikajy

1/9 : sikajy (moins eranambatry)

1/10 : lasiroa

1/12 : roavoamena

1/16 : lasiray

1/ 18 : efatrambatry

1 /24 : voamena

1/48 : ilavoamena

1/72 : eranambatry

1/144 : varidimiventy

1/720 : variraiventy

Entre elles se situent le sikajy dimy (3 f), venty & kirobo (2 f), sikajy telo (1f 80), lasiray & kirobo (1f 50), kirobo & voamena (1f 40), kirobo latsak'ilany (1f 10), lasiventy (0f 90), fitoventy & voamena (0f 25), latsaka varifitoventy ou latsapaheniny (0f15), varifitoventy (0f 05), varienimbety (0f 04), variefabenty mahery kely ou varifitoventy mihodivitra kely (0f 035), variefabenty latsaka kely (0f 032), variteloventy mahery kely (0f 025) et variteloventy (0f 02)

Randy Donny
Publié dans "Les Nouvelles" du 03/01/2005

20/04/2007

Les p'tits trous de Paul Wolfowitz

Voici la transcription partielle de la conférence de presse, donné le 12 avril 2007 à Washington D. C., par le président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, ancien numéro 2 du Pentagone. Il y donne sa version de l'affaire de népotisme qui met à mal sa place au sen de l'institution :la promotion et de l'augmentation de salaire anormales qu'il avait imposées, en 2005, en faveur d'une salariée de la Banque, Shaha Ali Riza, par ailleurs sa compagne. En outre, un autre scandale Riza vient d'éclater : bien que salariée de la Banque, sa compagne avait obtenu en 2003 une mission en Irak à la demande du Pentagone dont il était alors le numéro deux. Cette confusion des genres constitue une nouvelle violation des règles de la Banque. La Staff Association, le syndicat maison, a demandé sa démission. Le conseil d'administration est, sur le papier, majoritairement hostile à M. Wolfowitz, mais hésitent à demander sa tête. Les seuls qui semblent partisans de son maintien sont les administrateurs représentants les Etats-Unis, le Canada, le Japon et l'A. Quoi qu'il en soit, tout ceci assombrit l'image d'une institution qui veut promouvoir la lutte contre le corrpution et la bonne gouvernance dans ses actions.

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Photo : Décidémment, la bande à Bush sont des clowns. Des méchants clowns. En visitant une mosquée turque, le dimanche 28 janvier 2007, Paul Wolfowitz a montré des chaussettes trouées. Et dire que ce gars-là gagne 320 000 dollars par an ! 

Président Wolfowitz : Permettez-moi de commencer en disant simplement quelques mots sur le sujet qui, je le sais, est dans tous les esprits. Il y a deux ans, lorsque je suis arrivé à la Banque, j’ai soulevé la question d’un conflit d’intérêt potentiel et demandé à me faire récuser du dossier. J’ai porté la question devant le Comité d’éthique et, suite à des discussions approfondies que j’ai eues avec son Président, le Comité a émis l’avis qu’il convenait de promouvoir et de transférer Mme Shaha Riza.
J’ai entrepris en toute bonne foi d’appliquer cet avis tel que je le concevais, et ce de manière à prendre en charge le règlement d’un problème qui était à mon sens susceptible de faire du tort à l’institution. Avec le recul, j’aimerais m’être fié à mon instinct initial et m’être tenu à l'écart des négociations. J’ai fait une erreur, et je le regrette.
Mais permettez-moi aussi de demander un peu de compréhension. Non seulement cela constituait un douloureux dilemme personnel, mais j’ai dû y faire face alors que j’arrivais juste dans cette institution et que j’essayais d’avancer en territoire inconnu. La situation était exceptionnelle et sans précédent. Il s’agissait d’une réaffectation involontaire, et j’ai estimé qu’un risque juridique se posait si cela n’était pas réglé par consentement mutuel. J’assume l’entière responsabilité des détails de ce dossier. Je n’ai pas cherché à cacher ce que j’ai fait, ni rejeté la responsabilité sur qui que ce soit.
J’ai rencontré le Conseil ce matin, et je lui ai proposé qu’il établisse un mécanisme quelconque pour déterminer si l’accord conclu constituait une issue raisonnable. J’accepterai toute solution qu’il proposera (...)

Question : Bonjour. Fernando Supra Pinto de « TVGlobo », Brésil.Si le Conseil décide de vous décharger de vos fonctions, comment évaluerez-vous cet épisode de votre mandat à la Banque mondiale ?Président Wolfowitz : Les membres du Conseil délibèrent actuellement sur cette question, et je ne vais pas anticiper sur les délibérations en spéculant sur leurs conclusions.

Président Wolfowitz : Je vous ai donné mon avis sur la question, et je vous ai dit ce que je leur avais proposé, et nous allons devoir attendre de voir ce qu’ils ont à dire (...)                                                                                                                       

Question : Corbit Daily, de « Thompson Financial News ». Monsieur le président Wolfowitz, dans votre déclaration préliminaire, vous avez dit que vous demandiez à être jugé sur ce que vous faites maintenant. Je me demandais ce que vous aimeriez répondre à vos critiques selon lesquels vous êtes en train de faire de la Banque mondiale un outil du Gouvernement américain, et vous faites preuve de favoritisme en matière d’aide au développement.                 

Président Wolfowitz : Je n’ai encore vu aucune preuve de cela, franchement. Ce que je veux dire, c’est que nous agissons en matière d’aide au développement comme cela se faisait avant que je n’arrive ici. Les fonds de l’IDA sont attribués sur la base de son système d’allocation fondé sur les performances, dont certains diront peut-être qu’il est trop rigide, mais qui est un système très objectif. Nous ne faisons pas de favoritisme à l’égard de qui que ce soit. Nous essayons d’affecter des ressources là où elles font le plus de bien pour la réduction de la pauvreté, et nous essayons de les acheminer plus rapidement et en les assortissant de meilleurs dispositifs de sauvegarde.Je pense qu’il s’agit de renforcer l’accent qui a commencé, à vrai dire, à être mis du temps de mon prédécesseur sur le concept selon lequel la gouvernance et la corruption font partie intrinsèque du processus. Et, franchement, je pense que les États-Unis et les autres pays développés sont tenus de faire plus, et pas seulement de montrer du doigt les pays pauvres et de dire que la corruption est leur problème. Si ceux qui volent des avoirs à ces pays les placent dans des banques américaines, ou des banques européennes, ou ailleurs dans les pays développés, il appartient aux pays développés d’aider ces pays à recouvrer leurs avoirs. Enfin, et je pense avoir été très clair sur ce point, toute l’aide au développement que nous pouvons fournir et tout ce que font les pays eux-mêmes pour accroître la production auront des retombées bénéfiques bien moindres sur les pauvres s’ils n’ont pas d’endroits où vendre leurs produits. Et je pense que les subventions agricoles, en particulier aux États-Unis de même qu’en Europe et au Japon, sont un scandale — je l’ai dit. Je pense qu’elles profitent aux riches au détriment des pauvres, et cela n’est pas un point de vue américain : c’est mon point de vue à moi, en tant que responsable d’une institution dont la responsabilité majeure est à l’égard des pauvres.(…)

Question : Jose Esquivel du magazine « Proceso », Mexique.
Ma question a trait à la corruption. En tant que personne aux avant-postes du combat contre la corruption et le favoritisme, la question que je veux vous poser est la suivante : Quel va être votre conseil à l’intention du ministre mexicain des Finances, que vous connaissez très bien, et qui n’a pas dit précisément aux Mexicains et aux médias mexicains s’il va mener une enquête sur ses prédécesseurs, ou qui a été impliqué dans ce scandale durant son mandat, comme quoi il a favorisé beaucoup de personnes et beaucoup de gens proches de lui, surtout des parents proches de gens qui travaillaient à ses côtés. Quel sera votre conseil à l’intention des Mexicains — et beaucoup de gens dans les pays pauvres estiment que les dirigeants ne disent jamais rien quand le ministre des Finances est impliqué dans une enquête,et ce n’est pas juste. Que dites-vous au peuple mexicain ?

Président Wolfowitz : Je ne suis pas au courant de l’affaire que vous décrivez, et je ne peux donc pas faire de commentaire sur ses aspects détaillés. Ce que je pense, c’est qu’il y a un solide principe général : s’il y a un problème, traitez-le de manière transparente, révélez tout ce que vous savez, et déterminez quels sont les remèdes appropriés. Je crois qu’on peut vraiment dire avec certitude que la transparence est l’élément primordial, la priorité absolue, en l’occurrence, pour assurer une bonne gouvernance et lutter contre la corruption.

Question : J’ai deux questions : envisagez-vous d’une manière ou d’une autre de démissionner de votre poste ?
Et, deuxièmement, au sujet du Conseil qui délibère aujourd’hui : ses délibérations sont-elles axées sur votre renvoi, ou considère-t-il toute une série de solutions, et quelles sont ces solutions, s’il vous plaît ?

Président Wolfowitz : Comme je l’ai dit en réponse à la question précédente, je ne vais pas spéculer sur ce que va décider le Conseil. Je leur ai fait clairement savoir, et je vous ai fait clairement savoir, que j’ai essayé de déterminer ce qui était raisonnable dans des circonstances sans précédent et difficiles. Et s’ils arrivent à une quelconque conclusion établissant si oui ou non c’est raisonnable, je me rangerai aux solutions, quelles qu’elles soient, qui sont disponibles en l’occurrence.
Cela n’a constitué en aucune façon une tentative pour protéger un intérêt personnel. Ce que j’ai cherché à faire, c’était de résoudre un problème qui, à mon avis, présentait un risque réel pour l’institution, et ce que je regrette vraiment, c’est de ne pas avoir entrepris plus délibérément de me tenir à l’écart. Je tiens à le dire clairement : je n’ai jamais cherché de mon plein gré à être mêlé à cela.

Question : Simon Cox, du magazine « The Economist ».Avez-vous craint que Mme Riza n’intente un procès contre l’institution si elle n’était pas satisfaite de l’arrangement qu’elle obtiendrait ?

Président Wolfowitz : Pardon ?

Question : Vous avez mentionné le risque juridique posé à l’institution. Avez-vous craint que Mme Riza n’intente un procès contre la Banque mondiale si elle n’obtenait pas l’arrangement qui lui convenait ?

Président Wolfowitz : Je pense que ce serait pour moi spéculer et préjuger de ce qu’il appartient au Conseil de déterminer, ou d’établir un mécanisme pour déterminer. Mais quand on se trouve en territoire inconnu et qu’on impose une solution involontaire à des membres du personnel, il y a des risques. Cela ne fait absolument pas de doute : il y a des risques.

Question : Barry Wood, « Voice of America ».Monsieur Wolfowitz, est-ce que la Banque n’a pas cédé en Afrique l’initiative en matière de lutte contre le VIH/SIDA à la Fondation Gates ? Et comment voyez-vous l’impact de l’approche qui est celle de la Fondation Gates sur les opérations de la Banque ?

Président Wolfowitz : Vous savez, l’idée que nous avons cédé l’initiative à quelqu’un d’autre laisse penser en quelque sorte que nous sommes en concurrence avec Microsoft. Ce n’est pas le cas. Nous sommes engagés dans le même domaine d’activité, et le fait pour la Fondation Gates d’être en première ligne de la lutte contre le VIH/SIDA est quelque chose de merveilleux, et l’une des choses que cela tend à vouloir dire, c’est que les pays veulent voir la Banque répondre à certains des besoins auxquels ne répond pas la Fondation Gates. En fait, on a aussi sous les yeux des exemples de coopération à mon sens très fructueux, par exemple pour la lutte contre le paludisme. Nous menons certains efforts conjoints avec la Fondation Gates en Zambie.
Et cela renvoie au point concernant l’architecture de l’aide et au fait que ces nouveaux donateurs comblent actuellement des vides très importants, ce dont il y a lieu de se féliciter. Je pense qu’un des aspects très importants sur lesquels cette institution doit se concentrer lorsqu’il s’agit de santé, c’est celui consistant à soutenir les systèmes de santé globaux des pays. Vous savez, si on se concentre trop sur une seule maladie, on peut fournir énormément de médicaments contre le sida mais on n’aura peut-être pas le courant pour faire marcher les réfrigérateurs permettant de conserver ces médicaments, ou on n’aura peut-être pas les autres médicaments pour d’autres maladies, ceux qui maintiennent les gens en meilleure santé et, de ce fait, moins sujets aux maladies qui sont généralement la cause voisine de décès des suites du sida.
Donc, pour en revenir à votre question : non, je ne considère pas cela du tout comme un problème. Je le considère dans le contexte de ce problème d’architecture de l’aide, à savoir où devons-nous faire jouer notre avantage comparatif, et où devons-nous engager nos fonds.

Question : Scheherazade Daneshkhu, le « Financial Times ».Monsieur Wolfowitz, vous avez fait de la bonne gouvernance le thème phare de votre présidence à la Banque mondiale et, au vu de votre déclaration de ce matin, qu’avez-vous à dire à ceux qui disent que… qui ne vont pas voir là des fautes d’ordre personnel mais une sérieuse erreur de gouvernance d’entreprise ? Et, à cet égard, n’avez-vous pas le sentiment que, indépendamment de ce que décidera le Conseil, votre crédibilité et votre aptitude à vous acquitter de vos fonctions sont compromises ?

Président Wolfowitz : Voyons ce que le Conseil décide avant que je ne me prononce sur ce que le Conseil aura décidé, mais je peux vous dire quelque chose à propos de ce que j’ai fait moi-même. Je n’ai pas cherché de mon plein gré à être mêlé à cela. Je n’y ai pas été mêlé pour de quelconques raisons personnelles, mais plutôt pour régler quelque chose qui présentait à mes yeux un risque d’ordre institutionnel. Je n’ai rien caché de ce que j’ai fait et, comme je l’ai dit, je suis prêt à accepter toute solution que le Conseil entend proposer.

Question : Monsieur Wolfowitz, pourriez-vous dire quelque chose au sujet des plaintes émanant de membres du personnel de la Banque mondiale, de niveau cadre, qui disent que vous vous êtes trop abrité derrière un petit groupe de conseillers — le nom Robin Cleveland semble être énormément cité, et Suzanne Folsom parfois aussi —, et que vous n’avez pas consulté ou écouté l’avis des cadres chevronnés ?

Président Wolfowitz : Permettez-moi de dire, tout d’abord, qu’il y a un point que je peux accepter comme ayant une certaine validité, à savoir que je suis arrivé ici comme le ferait n’importe quel autre PDG, ayant besoin de gens que je connaissais déjà. J’en ai fait venir deux — parfois, c’est présenté comme si c’était une armée de transfuges de l’administration Bush —, à savoir Robin Cleveland et Kevin Kellems. Suzanne Folsom était déjà ici du temps de Monsieur Wolfensohn, et elle s’occupe d’une partie de cette institution de son côté. Elle ne fait en aucun cas partie de mes propres services.
Mais j’ai entendu les préoccupations exprimées par des membres du Conseil, des membres du personnel, selon lesquelles cela va bien au début, mais le rôle de mes deux conseillers a besoin d’être plus structuré. Et je suis de fait d’accord là-dessus, et je vais trouver un moyen de mieux les insérer dans la structure en place.
Cela étant dit, permettez-moi de dire aussi que je trouve cette critique un peu usée. Ce que je veux dire, c’est que j’ai fait venir un Néo-zélandais et un Salvadorien comme directeurs généraux, et que je ne connaissais ni l’un ni l’autre avant de venir ici. J’ai recruté à l’extérieur un directeur financier italien, un vice-président exécutif suédois pour la SFI, un premier vice-président jordanien pour les relations extérieures, que je ne connaissais pas avant, et une ancienne ministre des affaires étrangères espagnole comme conseiller juridique.Et encore, plus récemment, deux autres nominations dont je me félicite particulièrement : deux Africaines, l’ex-ministre de la Santé du Botswana et directrice générale adjointe de l’OMS, Joy Phumaphi, qui est notre nouveau vice-président pour le développement humain — une femme exceptionnelle —, et prochainement comme nouveau vice-président pour l’Afrique, la ministre de l’Éducation nigériane, Obiageli Ezekwesili.Et presque toutes ces personnes sont non seulement, bien évidemment, des gens qui ne viennent pas de l’administration Bush, mais en majorité des gens que je ne connaissais pas avant. Mais ce qui compte surtout pour moi, c’est que j’ai fait la connaissance d’énormément de membres formidables du personnel. J’ai recruté comme chef de mes services Leticia Obeng, qui est une cadre de la Banque originaire du Ghana ; son adjoint, Auguste Kwane, un autre employé fantastique de la Banque, est de la Côte d’Ivoire. Et je pourrais continuer encore longtemps. Ça commence à devenir un peu ennuyeux, mais ce que je trouve quelque peu surprenant, c’est que je puisse encore être entouré de ces deux personnes qui tiennent tous les autres gens à l’écart de moi : c’est tout simplement inexact. Mais j’accepte, comme je l’ai dit au début, l’observation comme quoi le moment est venu de mettre au clair la structure et les liens.

Question : Kathy Shockwood, « National Public Radio ».Y aura-t-il des changements, ou y a-t-il eu des changements, au niveau des politiques de la Banque en matière d’hygiène de la reproduction et de planning familial ?

Président Wolfowitz : Absolument pas. J’ai lu des rumeurs à ce sujet, et je tiens à être très clair. Notre politique n’a pas changé. Nous avons une nouvelle stratégie en matière de santé que nous allons présenter au Conseil et qui, je le crois, est très claire à ce sujet, et je tiens, personnellement, à ce que ce soit clair : je pense que l’hygiène de la reproduction est absolument cruciale pour ce qui, je n’ai eu de cesse de le répéter, est un élément essentiel de l’ordre du jour du développement, à savoir faire en sorte que les femmes puissent avoir une contribution égale à celle des hommes ; et que des femmes en bonne santé, des femmes qui se sont mariées à un âge raisonnable ou qui ont eu un nombre d’enfants raisonnable, des enfants qu’elles ont pu maintenir en bonne santé, non seulement prennent mieux soin de leurs filles mais prennent mieux soin de leurs garçons et apportent une meilleure contribution à la société dans son ensemble. C’est une question de développement. La politique de cette institution, je le pense, était très claire avant que je n’arrive ici, et elle restera très claire.

© 2007 Le Groupe Banque mondiale, tous droits réservés.
 

21/03/2007

Référendum

     Et c'est parti pour le pile ou face du référendum. Devant une opposition réduite à sa simple expression, le rouleau compresseur du oui est en marche. Le président Ravalomanana lui-même a parié sur 80% de oui. Sans s'avancer sur le taux de participation. Ci-dessus, un commentaire de "Tribune". 

Les fonctionnaires d’autorité vont faire voter le « Oui » Marc Ravalomanana.jpg

    Un début de propagande, hier au Magro, qui n’augure rien de bon pour notre pays.
    Si dans l’enceinte de ce lieu choisi par le TIM pour inaugurer sa campagne de propagande, les orateurs ont eu droit à des salves d’applaudissements, les réactions en dehors, dans la ville ont été tout autres.
    Ainsi, selon nombre d’observateurs qui ont pu suivre cette manifestation transmise en direct sur la chaîne MBS, on a eu droit à un spectacle navrant et désolant pour la démocratie, pour l’Etat de droit ainsi que pour l’image de Madagascar aux yeux du monde entier car c’est le président lui-même qui a recommandé publiquement de violer la loi.
    Ordre ou recommandation ? En effet, au cours de son discours, le président de la République a recommandé (ou enjoint ou ordonné, c’est selon !) aux fonctionnaires d’autorité de faire campagne pour le « Oui ». Par fonctionnaires d’autorité, entendons les chefs de régions, les chefs de districts et autres agents de l’Etat qui, selon les textes en vigueur, n’ont pas le droit de faire campagne « pour une option, pour un candidat ou pour une liste ». À ce titre, ces fonctionnaires risquent la correctionnelle et l’emprisonnement, quand bien même, ce serait la plus haute autorité de l’Etat qui leur aurait ordonné de le faire, au contraire des hautes personnalités, à l’instar des chefs d’institutions ou des membres de gouvernement d’où émanent les directives (ou les ordres) qui ne sont justiciables que devant la Haute Cour de Justice qui n’existe pas encore.    D’ailleurs, excès de zèle ou ignorance des textes, le PDS de la ville d’Antananarivo n’a même pas attendu cette recommandation pour s’atteler à faire voter le « Oui », au cours de son allocution qui a précédé celle du Président.

   Quid des 20 minutes d’antenne ?

    Par ailleurs, d’autres violation des lois régissant les élections ont été remarquées et remarquables, comme l’utilisation de biens publics faite par les hautes personnalités qui sont venues assister à cette cérémonie au Magro qui sont venues, pour la plupart, avec leurs véhicules de fonction, pour un meeting de propagande ou la diffusion dans son intégralité du discours du président de la république sur la RNM avant son journal de 19 heures, un discours de propagande suivi plus tard par l’intervention du ministre Marcel Ranjeva qui fut interrogé par notre confrère Tsitohaina Ramarolahy et dont l’occupation d’antenne nationale aurait en tout dépassé largement les mesures prises par le CNE n’autorisant chaque entité qu’à 20 minutes d’antenne par jour.
    En marge de ces trangressions qui risquent de faire douter de la sincérité du déroulement de ce référendum, certains faits ont également interpellé les observateurs, entre autres, l’engagement direct du chef de l’Etat dans cette campagne au contraire de son prédécesseur qui a su rester au-dessus de la mêlée en ne se prononçant ni pour un côté, ni pour l’autre, lors de la consultation constitutionnelle en 98. Un engagement qui n’est pas condamnable juridiquement, mais qui sort quelque peu de l’éthique de sa fonction ainsi que de l’esprit constitutionnel.
    Bref, des faits inquiétants à plus d’un titre pour nos hauts dirigeants qui sont loin de donner le bon exemple qu’on attend d’eux.
 
21/03/07 - Randria N.
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La photo en médaillon est d'un PAO anonyme qui estime qu'en votant "non", ceci équivaut quand même à dire "oui".  

15/03/2007

L’enseignement supérieur en danger

medium_coq.jpgDe temps et temps, les autres journaux sortent des papiers que je trouve intéressant. Ce coup de gueule paru dans "Tribune de Madagascar", par exemple. Il nous aide un peu à connaître la route que nous suivons...  

Tollé général au sein de la communauté universitaire malgache. Désormais, la sortie du territoire des enseignants-chercheurs, même pour des motifs de formation, serait conditionnée par le MAP.    « Où va l’enseignement supérieur ? » s’indigne un professeur à Ankatso qui a voulu requérir l’anonymat. En effet, d’après une note concoctée par le Ministère de l’Education nationale et envoyée aux responsables des Facultés et départements, leur libre circulation en dehors de Madagascar ne serait plus garantie. Et même pour les enseignants qui doivent suivre des cours de perfectionnement ou des stages à l’étranger, ils devraient justifier l’utilité de leur déplacement. Mais là où le bât blesse, ce que désormais cette notion d’« utilité » serait subordonnée à ce qui est écrit dans le MAP. « Rien n’est donc nécessaire ni autorisé en dehors de ce qui est mentionné dans le MAP ? » fait remarquer un enseignant.    Changement de procédure    Depuis la création des universités, la sortie à l’étranger des enseignants a été toujours régi par des textes officiels. Leur ordre de mission est généralement signé par le Premier Ministre après avis favorables des autorités compétentes subalternes (Présidence des universités, Ministère de l’Education notamment).
    Cette règle change car tout ordre de mission devrait avoir d’abord l’accord préalable de la Présidence avant que la Primature donne son feu vert. Les critères qui permettraient ainsi à un enseignant de poursuivre des colloques ou des stages seraient donc subordonnés aux programmes inscrits dans le MAP.
    Aucun enseignant ne serait donc plus autorisé à quitter Madagascar si les formations qu’il suivra ne concourent pas à la réalisation de ce programme présidentiel. Autrement dit, ce seraient les responsables, soit du Ministère, soit de la Présidence, qui vont apprécier quelles sont les formations que les enseignants peuvent suivre à l’étranger. Si, par malheur, celles-ci ne sont pas prévues par un ou plusieurs points prioritaires inscrits dans le MAP, les ordres de mission, nécessaires pour avoir un visa au niveau des ambassades, seraient refusés !

    La pensée unique

    De telles dispositions indignent le monde universitaire. Car elles sont la négation même de la franchise universitaire et notamment de la liberté de penser. « Aucun enseignant ne serait-il plus donc libre de réfléchir sur un thème qu’il pense important que si celui-ci est inscrit dans le MAP » se demande un autre enseignant ?
    En effet, si nos sources sont bonnes, c’est le principe même de l’enseignement supérieur qui est remis en cause. D’ailleurs, déjà, des professeurs se demandent bien si les enseignements à l’université seront modelés suivant le MAP. Et si tel est le cas, la plupart des modules enseignées seront donc vouées à disparaître.
    Pour un autre enseignant, une telle procédure est pire que pendant le temps de « Boky Mena » de l’ancien régime socialiste de Ratsiraka : « L’Etat veut un homme nouveau, un homme mapeisé », a-t-il affirmé non sans ironie. C’est la pensée unique que le régime actuel veut instaurer et il est en train de se doter des moyens pour y parvenir. La liberté de l’enseignement n’est plus garantie. Bref, c’est nos libertés fondamentales qui risqueraient de disparaître à terme », a-t-il continué. Attention, la démocratie est en danger !

15/03/07 - Alexandre L.
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La photo en médaillon est de Renaud Rianasoa Raharijaona, prise lors d'une grève... à l'université, en 2004. Elle est visible sur son blog http://justrenaud.hautetfort.com   

04/03/2007

Une malgache chante l’hymne de campagne de Jean-Marie Le Pen

medium_LE_PEN.jpgAccusé généralement de racisme et de xénophobie, le Front national de Jean-Marie Le Pen décide de redorer son blason et lance une opération séduction à l’endroit de l’électorat français issus de l’immigration. Son dernier coup d’éclat est de faire chanter l’hymne de la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen par une immigrée, en l’occurrence Isabella, née à Madagascar d’un père malgache. « Avec Jean-Marie » est disponible, mais non-téléchargeable (heureusement), dans le foutoir « YouTube » sur le net. 
Isabella Imperatori habite Cavaillon. Habituée des cafés-concerts, elle voit sa petite carrière artistique prendre un tournant lorsque, en 1997, Bernard Antony, président de Chrétienté solidarité et du Mouvement du pays Libre, par ailleurs directeur de la revue « Reconquête », la fait se produire à l’université du Front national. Depuis, Isabella est devenue pendant la chanteuse phare du Front national. Lors des meetings, elle « chauffe » la salle avant que n’apparaisse le gourou du parti.
« Le pays se dégrade. C’est l’insécurité, c’est l’immigration (…) Moi, j’ai choisi Le Pen. C’est ma conviction. Avec Jean-Marie … Je redeviens moi-même ». Ces phrases sont reprises en chœur par l’assistance à chaque meeting. Le tout sur un rythme tropical, le zouk, lequel était popularisé par un public qui est loin d’être des Français de souche. Mais après tout, Nicolas Sarkozy lui aussi a bien choisi du rap, la musique des racailles qu’il projetait de nettoyer au kärcher, pour son hymne de la campagne.
Isabella, surnommée « la Spice girl du Front national », est particulièrement fière de sa mission. Dans un fourreau de paillettes, elle parcourt la scène et exhorte la foule à chasser, en vrac, l'étranger, le gouvernement et l'Europe d'Amsterdam. Un melting-pot de tous les chevaux de bataille du Front national.
Apparemment, l’opération séduction n’est pas sans résultat car le Front national comprend actuellement plus de sympathisants, quelques milliers selon des sources officieuses, le parti refusant de communiquer les chiffres, par rapport à il y a cinq ans.
D’un autre côté pourtant, la politique de Jean-Marie Le Pen envers les étrangers reste la même. Accusant l’immigration d’être à l’origine des maux de l’Hexagone, les textes d’Isabella le confirme, Jean-Marie Le Pen veut « inverser les flux migratoires » par, entre autres, la suppression du regroupement familial, des aides et allocations sociales pour les étrangers et la mise en place d’une « politique de retour ». Dans le quotidien français « Les Echos », Jean-Marie Le Pen estime que l’application de ces mesures permettra « de réaliser plus de 20 milliards d’euros d’économies. Au bout de cinq ans, la France compterait entre 1 et 1,5 million d’étrangers en moins sur son territoire ».
Alors, que font les individus « de couleur », pour reprendre l’expression favorite des incolores amis de Jean-Marie Le Pen,au sein du Front national ? Comment peut-on être noir et/ou musulman et voter pour des hommes convaincus que la nation française est, par essence, « de race blanche et de religion chrétienne » ? Inconscience ou masochisme ?
« Je ne suis pas un alibi », se défend Isabella. Paul Tili, né à La Réunion d’un père malgache, également membre du Front national, connaît la chanson et déplore la nouvelle vague d’immigration,  « des Indiens, des Tamouls, des Malgaches et des Comoriens », autrement dit « des paresseux attirés par le Revenu minimum d’insertion (RMI) ». Y a bon l’intégration !  

Randy Donny 

Publié dans "Les Nouvelles" du vendredi 2 mars 2007, p. 2 http://www.les-nouvelles.com

En médaillon, une affiche du Front National mettant en avant une fille de couleur.